LA QUESTION DE L'IMMIGRATION DANS LES ELECTIONS LEGISLATIVES DE 1997


MIGRATIONS Société N°63 MAI JUIN 1999

La question de l’immigration lors des élections législatives de 1997

Les élections législatives de juin 1997 ont eu lieu à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République, environ un an après l’intervention des forces de l’ordre pour déloger les sans-papiers de l’église Saint-Bernard, et quatre mois après les grandes manifestations d’insoumission civique contre le projet de loi Debré sur l’immigration, événements qui n’ont probablement pas été étrangers aux résultats de ces élections.

 

Matériel et méthodes

Nous avons obtenu, de manière empirique, les professions de foi et très souvent les bulletins de vote de 1 268 candidats de 102 circonscriptions (soit en moyenne 12,4 candidats par circonscription) dans 43 départements. Nous n’avons pas pu obtenir de renseignements sur 118 candidats et 140 suppléants ni par le biais des bulletins de vote, ni par le biais des professions de foi. Ce sont donc les analyses de 1 268 professions de foi et des renseignements concernant 1 150 candidats et 1 128 suppléants qui sont présentées ici.

A l’instar de l’étude sur les élections municipales, parmi les candidats (et les suppléants) ont été décomptés ceux qui avaient un nom et un prénom d’origine "étrangère", appelés ici "immigrés". Il est évident que cette façon de faire est discutable et ne peut donner que des informations approchées car des personnes peuvent très bien être immigrées sans avoir un nom d’origine "étrangère" et réciproquement.

Dans les professions de foi, des mots-clés ont été recherchés qui indiquent la volonté du candidat d’aborder la question : immigrés, migrants, immigration, étrangers, les noms des ministres Pasqua et Debré, régularisation, droit de vote... et d’autres pour comparaison (Euro, exclusion...).

 

Les candidats

Des 1 151 candidats connus (dont 304 femmes, soit 26,4 %), 36 (dont 7 femmes, soit 19,4 %) étaient "immigrés" (3,13 %). Sur les 1 134 suppléants (dont 416 femmes, soit 36,7 %), 40 (dont 12 femmes, soit 30 %) étaient "immigrés" (3,53 %). Sur ces 36 candidats et ces 40 suppléants d’origine étrangère, 31 (dont 6 femmes) avaient des noms et prénoms d’origine maghrébine, 16 (dont 6 femmes) d’origine espagnole, 8 d’origine germanique, 6 d’origine italienne, 5 d’origine noire africaine et 10 d’origines diverses. La répartition par appartenance politique révèle que les écologistes présentaient 28 candidats (5,86 % de leurs candidats et 5,08 % de leurs suppléants), les "divers" 22 (5,52 % et 7,96 %), la gauche 12 (1,6 % et 3,23 %), la droite 6 (0,71 % et 1,47 %), l’extrême gauche 5 (4,8 % et 1,02 %) et l’extrême droite 3 (1,94 % et 0,97 %).

Les femmes sont, en général, plus souvent suppléantes que candidates. C’est vrai aussi pour les femmes "immigrées". Toutefois, les femmes pouvant changer de nom lorsqu’elles contractent mariage, le nombre de femmes "immigrées" peut être sous-estimé.

Une étude plus détaillée portant sur les partis ayant une audience nationale qui présentent des candidats dans le plus grand nombre de circonscriptions étudiées révèle qu’ils ont peu de candidats "immigrés" : 2 sur 101 pour le Front national, 2 sur 95 pour le Parti communiste, 2 sur 74 pour les Verts. Sur les 86 candidats du Mouvement pour la France-Centre national des indépendants (droite indépendante), les 96 candidats du Parti socialiste et les 98 candidats du RPR-UDF, aucun candidat d’origine étrangère n’est présenté, et ceci à l’inverse de petites organisations, surtout parmi les écologistes de toute obédience : 4 candidats "immigrés" sur 41 pour Génération écologie, it 9,76 % (l’identité de 33 des 74 candidats est inconnue), 3 sur 31 pour Écologie citoyenne et 4 sur 44 pour le Mouvement écologiste indépendant. A l’extrême gauche, c’est la Ligue communiste révolutionnaire avec 3 candidat d’origine étrangère sur 37 qui a le plus fort pourcentage (8,11 %). Quant aux candidats maghrébins, ils se répartissent entre les "divers" (7 sur 153 "divers") et les écologistes (6 sur 257, soit 2 candidats de Génération écologie, 2 du Mouvement écologiste indépendant, et 2 Verts).

Si pour les suppléants le taux moyen est de 3,53 %, il varie de 0,97 % pour l’extrême droite à 7,96 % pour les "divers", en passant par 1,02 % pour l’extrême gauche, 1,19 % pour la droite, 3,23 % pour la gauche et 5,08 % pour les écologistes. Mais au sein de ces grandes familles politiques, la diversité est tout aussi grande : aucun suppléant pour les divers droite, le Parti national républicain et le RPR-UDF, aucun pour les Verts, mais 4 sur 31 (12,9 %) pour Écologie citoyenne, 3 sur 39 (7,69 %) pour Génération écologie, 3 sur 44 (6,82 %) pour le Mouvement écologiste indépendant, 1 sur 16 (6,25 %) pour les Nouveaux écologistes, 1 pour les divers écologistes et 1 pour Solidarité écologie gauche alternative (SEGA). A l’extrême gauche, Lutte ouvrière et le Parti des travailleurs n’ont aucun suppléant "immigré", la Ligue communiste révolutionnaire 1 sur 37 (2,7 %). Des 18 suppléants d’origine maghrébine, 8 se trouvent chez les "divers", 6 chez les écologistes (4 Écologie citoyenne, Mouvement écologiste indépendant, 1 Génération écologie), 3 à gauche (2 divers gauche, 1 Mouvement des citoyens) et 1 à droite (Mouvement pour la France-Centre national des indépendants, droite indépendante).

Au total, plus qu’un clivage gauche-droite, la présentation de candidats et de suppléants d’origine étrangère repérable est fonction de la taille de l’organisation, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas derrière un choix politique : pour une moyenne de 3,37 %, ce sont les "divers" (7,19 %) et les écologistes qui font les meilleurs résultats (5,46 %), à l’exception des Verts (1,34 %) et de Solidarité écologie gauche alternative (3,23 %), et à l’extrême gauche, la Ligue communiste révolutionnaire (5,45 %).

Ces candidatures ou ces absences de candidatures "immigrées" témoignent-elles d’une intégration ou d’une contestation ? L’absence de candidats d’origine étrangère représentés par les grandes formations politiques, et donc d’élus, témoignent d’un retard dans l’intégration politique par rapport à certains pays voisins et... à l’équipe du Mondial. Elle semble s’amorcer à travers les petites organisations, encore que la plus grande proportion de candidats "immigrés" parmi les "divers" permet de penser à des candidatures de contestation, ce qui semble se confirmer par le fait que sur les 36 candidats "immigrés", 4 ont également des suppléants "immigrés" dont 2 sous l’étiquette "divers" (Maghrébin-Maghrébin), les deux autres étant des candidats d’Initiative républicaine (Maghrébin-Noir africain) et d’Écologie citoyenne (Espagnol-Maghrébin).

Tableau n° 1 : Répartition des candidats par appartenance politique

Appartenance politique

Candidats

np*

Connu

Candidats "immigrés"

Candidats "immigrés"

%

Maghrébins

Espagnols

Allemands

Africains

Italiens

Autre

nationalité

Extrême droite

103

0

103

2

1,94

0

0

0

0

2

0

Droite

283

3

280

2

0,71

0

0

0

0

0

2

Divers

182

19

163

9

5,52

7

1

1

0

0

0

Écologistes

300

43

257

15

5,84

6

6

1

1

0

1

Gauche

250

0

250

4

1,6

0

0

2

1

0

1

Extrême gauche

150

52

98

4

4,08

0

3

1

0

0

0

Total

1268

117

1151

36

3,13

13

10

5

2

2

4

* non précisé

 

Tableau n° 2 : Répartition des suppléants par appartenance politique

Appartenance politique

Suppléants

np*

Connu

Candidats "immigrés"

Candidats "immigrés"

%

Maghrébins

Espagnols

Allemands

Africains

Italiens

Autre

nationalité

Extrême droite

103

0

103

1

0,97

0

0

0

1

0

0

Droite

283

10

273

4

1,47

1

2

0

0

0

0

Divers

182

26

157

13

8,28

8

1

0

1

0

4

Écologistes

300

44

256

13

5,08

6

0

2

1

3

1

Gauche

250

2

248

8

3,23

3

3

1

0

1

0

Extrême gauche

150

52

98

1

1,02

0

0

0

0

0

1

Total

1 268

134

1134


3,53

18

6

3

3

4

6

* non précisé

 

Catégories socio-professionnelles

Seule la profession de 701 candidats était connue : 244 (34,8 %) étaient des cadres supérieurs, 173 (24,7 %) exerçaient des professions intermédiaires, 78 (11,1 %) des professions libérales, 77 (11 %) étaient des employés, 38 (5,4 %) des patrons, 27 (3,9 %) des retraités et 22 (3,1 %) des ouvriers... Il y avait également un chômeur.

Tableau n° 3 : Répartition socio-professionnelle des candidats par appartenance politique

Appartenance politique

Candidats

np*

Connu

Cadres supérieurs

Professions intermédiaires

Professions libérales

Employés

Patrons

Retraités

Ouvriers

Extrême droite

103

11

92

47

15

6

2

11

7

0

Droite




63

14

31

7


7

0

Divers




15

18

11

4

6

4

1

Écologistes




68

54

15

12

4

6

2

Gauche



129

47

34

14

20

2

1

6

Extrême gauche


56

94

4

36

1

32

0

2

13

Total




244

173

78

77

38

27

22

* non précisé

Dans toutes les organisations politiques, les cadres supérieurs sont les plus représentés parmi les candidats, avec les professions libérales à droite et les professions intermédiaires dans les autres organisations. Le profil social est un peu différent pour l’extrême gauche où professions intermédiaires et employés sont les plus nombreux. L’extrême gauche présente également 13 des 22 candidats ouvriers.

Tableau n° 4 : Répartition socio-professionnelle des suppléants par appartenance politique

Appartenance politique

Suppléants

np*

Connu

Professions intermédiaires

Cadres supérieurs

Employés

Professions libérales

Retraités

Commerçants

Ouvriers

Extrême droite

103

18

85

15

23

6

5

10

9

3

Droite



152

28


11

22

12

7

0

Divers


126

56

17

12

5

7

3

1

1

Écologistes


137

163

47

45

20

17

11

3

1

Gauche


107

143

38

51

22

1

6

1

8

Extrême gauche


56

94

50

2

23

0

2

0

7

Total

1 268

575

693

195

182

93

61

44

21

20

* non précisé

La diversité sociale parmi les suppléants est plus grande que parmi les candidats : les nombreuses professions intermédiaires, notamment chez les écologistes, les "divers" et surtout à l’extrême gauche, sont plus représentées que les cadres supérieurs. Parmi les suppléants comme parmi les candidats, les professions intermédiaires et les employés constituent environ 77 % des candidats de l’extrême gauche.

Tableau n° 5 : Répartition socio-professionnelle des candidats et des suppléants "immigrés"

 

Total

np*

Connu

Cadres supérieurs

Professions intermédiaires

Professions libérales

Employés

Retraités

Ouvriers

Étudiants

Candidats

36

13

23

7

6

4

3

0

2

1

Suppléants

40

19

21

8

3

4

4

1

1

0

* non précisé

Si la proportion de cadres supérieurs, tous candidats et suppléants confondus, est de 30,6 %, elle n’est que de 26,2 % pour les candidates, mais elle monte à 34,1 % chez les candidats "immigrés" dans leur ensemble et à 61,5 % chez les femmes "immigrées". Il semble donc que les candidats d’origine étrangère, et surtout les candidates, doivent faire preuve d’une intégration dans les couches sociales supérieures pour pouvoir postuler à se présenter sur une liste.

 

Analyse des professions de foi

Les termes qui reviennent le plus fréquemment dans les professions de foi sont ceux qui concernent l’emploi (2 926 citations ayant trait à l’"emploi", soit 2,31 fois par profession de foi, 2 403 citations ayant trait au "chômage", soit 1,90 fois par profession de foi, et 1 650 citations ayant trait à la "réduction du temps de travail", soit 1,3 fois par profession de foi, soit au total 6 979 citations). Après l’emploi, ce sont les termes "écologie", "environnement", "cadre de vie" et "qualité de la vie" qui sont les plus fréquemment rencontrés (3 344 citations). Vient ensuite l’immigration, les termes "immigrés", "immigration", "migrants", etc. ayant été rencontrés 1 714 fois.

Néanmoins, parmi les candidats, certains sont des candidats "spécialisés" dans le sens qu’ils n’abordent qu’une seule question. Tel est le cas des 56 candidats de la liste Pour la semaine de 4 jours qui utilisent tous la même profession de foi où le terme "emploi" est cité 3 fois (soit 168 citations au total), le terme "chômage" 7 fois (392 citations au total) et l’expression "réduction du temps de travail" 18 fois (1 008 citations au total). Si l’on ne tient pas compte de ces candidats "spécialisés", ces termes sont cependant très fréquemment utilisés : "réduction du temps de travail", 642 fois ; "chômage", 2 011 fois ; "emploi", 2 758 fois, soit, pour l’ensemble, 5 361 emplois, ce qui montre bien que cette question est la préoccupation principale des candidats.

De leur coté, les listes écologistes sont multiples, mais toutes ne sont pas aussi spécialisées car elles abordent d’autres questions que l’écologie. Les listes qui se réclament de l’écologie emploient les termes s’y rapportant 2 661 fois (de 2,88 fois à 12 fois par profession de foi), ce qui ne laisse pour les autres listes que 683 emplois de ces termes.

Enfin, on peut considérer que l’extrême droite est une organisation politique spécialisée sur l’immigration (862 citations sur un total de 1 714), organisation qui aborde cependant d’autres questions.

Si nous excluons les listes spécialisées, les questions les plus fréquemment abordées par les candidats "généralistes" sont, dans l’ordre, l’emploi, le chômage et la réduction du temps de travail (5 361 citations), Maastricht (1 377), les impôts (1 105), l’Euro (980), l’immigration (852), la sécurité (839), les femmes (710), le logement (633), la santé (592), l’exclusion (532 citations, alors que la dissolution a eu lieu en plein débat de la loi sur les exclusions) et les mouvements sociaux (516 citations).

Tableau n° 6 : Utilisation des termes "immigrés", "migrants" et "étrangers" par appartenance politique

Appartenance politique

Candidats

Nombre de fois par profession de foi

Total

% du nombre de fois



0

1

2

3

4

5

6

7

8

9



Extrême droite

103

1

0

0

0

1

7

2

4

9

79

862

8,37

Droite

283

115

41

8

15

87

12

4

0

0

1

563

1,99

Divers

182

157

11

13

0

1

0

0

0

0

0

41

0,23

Écologistes

300

209

69

16

4

2

0

0

0

0

0

121

0,40

Gauche

250

223

24

3

0

0

0

0

0

0

0

30

0,12

Extrême gauche

150

73

65

6

5

0

1

0

0

0

0

97

0,65

Total

1 268

776

210

46

24

91

20

6

4

9

80

1 714

1,35

 

Les termes "immigrés", "immigration", etc. apparaissent 1 714 fois, soit en moyenne 1,35 fois par profession de foi. En fait, toutes tendances confondues, 776 candidats (61,2 %) n’emploient jamais ces termes, ce qui veut dire que les 492 professions de foi qui les emploient le font 3,46 fois en moyenne. C’est l’extrême droite, avec 8,37 citations par profession de foi, qui arrive en tête, suivie par la droite (1,99 citations). Les autres familles politiques n’utilisent guère ces mots : cela va de 0,12 fois par profession de foi à gauche à 0,65 fois chez les écologistes.

L’analyse par parti politique montre de grandes différences à l’intérieur d’une même famille politique : le Mouvement des réformateurs n’emploie ces termes qu’une fois pour 20 professions de foi (soit 0,05 fois en moyenne), le Parti national républicain 95 fois pour 20 professions de foi (soit 4,75 fois en moyenne) et le Mouvement pour la France-Centre national des indépendants (droite indépendante) 326 fois pour 86 professions de foi (soit 3,79 fois en moyenne). Au sein des autres familles politiques, les différences sont moins nettes : de 0 à 2 fois chez les "divers", de 0 (Génération écologie et Nouveaux écologistes) à 1,45 fois (Solidarité écologie gauche alternative) chez les écologistes, de 0,07 à 0,16 fois à gauche et de 0 (Lutte ouvrière) à 1,47 fois (Ligue communiste révolutionnaire) à l’extrême gauche.

Les organisations qui présentent le plus de candidats "immigrés" ne parlent pas plus d’immigration que les autres. Est-ce une preuve de l’intégration de ces candidats qui ne sont pas là pour représenter les résidents étrangers mais qui sont présents en tant que militants de leur organisation ? Tel est le cas, semble-t-il, des candidats de la liste Nouveaux écologistes ou du Mouvement écologiste indépendant qui sont des mouvements "apolitiques". Ou est-ce parce qu’ils estiment que leur présence parle pour eux et que cela suffit ?

Les termes "France" et "Français" apparaissent de façon très inégale au sein des différentes familles politiques, en moyenne 3,8 fois par candidat : de 0,6 fois à l’extrême gauche à 15,6 fois à l’extrême droite, en passant par 5,6 à droite, 3,9 à gauche, 1,5 chez les écologistes et 0,8 chez les "divers". Si l’usage des termes "France" et "Français" est assez proche en moyenne tant à gauche qu’à droite, cela tient à l’utilisation qu’en fait le Mouvement des citoyens, en moyenne 8,4 fois par profession de foi, presque autant que le Mouvement pour la France-Centre national des indépendants (droite indépendante) qui l’a dans son nom (8,9 fois), bien plus que le RPR-UDF ou même le Parti national républicain (6 fois), alors que ces termes sont moins employés par les écologistes ou l’extrême gauche.

Tableau n° 7 : Utilisation du terme "France" par appartenance politique

Appartenance politique

Candidats

Total

% du nombre de fois

Extrême droite

103

1 611

15,64

Droite

283

1 586

5,60

Divers

182

152

0,84

Écologistes

300

453

1,51

Gauche

250

981

3,92

Extrême gauche

150

86

0,57

Total

1 268

4 869

3,84

 

Les élections ayant eu lieu quatre mois après la grande vague d’insoumission civique en réaction à la loi Debré, on était en droit de penser qu’elles allaient se dérouler sous le signe des lois Pasqua-Debré pour soutenir ou contester le gouvernement. En général, les professions de foi n’en parlent guère : l’extrême droite n’emploie jamais les noms Pasqua et Debré, et les "divers" 2 fois seulement sur les 182 professions de foi. La droite gouvernementale ne se précipite pas pour défendre ses champions (22 citations, dont 21 candidats RPR-UDF pour 283 candidats) ; seuls les écologistes (56 citations pour 300 candidats), l’extrême gauche (38 citations pour 150 candidats) et la gauche (83 citations, dont 72 du Parti communiste pour 250 candidats) en parlent, et encore assez faiblement. Le comportement est cependant variable au sein des grandes familles politiques suivant l’organisation. Les écologistes, les divers écologistes, les Nouveaux écologistes, Génération écologie et le Mouvement écologiste indépendant n’en parlent jamais, alors que nous avons relevé 13 citations pour 75 candidats Verts, 14 pour 31 candidats d’Écologie citoyenne et 29 pour 31 candidats de Solidarité écologie gauche alternative. Il en est de même à gauche : 1 citation relevée sur 46 professions de foi du Mouvement des citoyens, 9 citations sur 96 professions de foi du Parti socialiste et 72 citations sur 95 professions de foi du Parti socialiste. Quant à l’extrême gauche, si aucun candidat de Lutte ouvrière ni du Parti des travailleurs n’en parle, les candidats de la Ligue communiste révolutionnaire en parlent en moyenne 1 fois par profession de foi.

Tableau n° 8 : Utilisation des noms Pasqua-Debré par appartenance politique

Appartenance politique

Pasqua-Debré

Nombre de fois

Total

% du nombre de fois



0

1

2

3



Extrême droite

103

103

0

0

0

0

0,00

Droite

283

262

20

1

0

22

0,08

Divers

182

180

2

0

0

2

0,01

Écologistes

300

248

49

2

1

56

0,23

Gauche

250

170

77

3

0

83

0,49

Extrême gauche

150

115

32

3

0

38

0,33

Total

1 268

1 073

180

9

1

201

0,19

 

Le mouvement d’insoumission civique n’est qu’un des mouvements sociaux à avoir agité la société française au cours des deux années qui ont précédé l’élection législative de 1997. Ces différents mouvements apparaissent peu. Seules 186 professions sur 1 268 (14,7 %) en parlent 522 fois, soit en moyenne 0,4 fois par profession de foi : ils sont complètement absents à droite, à l’extrême droite et chez les "divers", tandis qu’ils sont plus fréquents à gauche (0,37 %), chez les écologistes (0,44 %) et surtout à l’extrême gauche (1,99 %) qui voudrait être l’expression politique de ces mouvements sociaux. Les candidats qui y font le plus référence sont ceux du Parti des travailleurs (5 %), d’Écologie citoyenne (2,84 %) et de la Ligue communiste révolutionnaire (2,57 %).

Tableau n° 9 : Utilisation de l’expression "mouvements sociaux" par appartenance politique

Appartenance politique

Candidats

Nombre de fois

Total



0

1

2

3

4

5

6


Extrême droite

103

101

0

0

0

0

0

0

0

Droite

283

283

0

0

0

0

0

0

0

Divers

182

181

1

0

0

0

0

0

1

Écologistes

300

248

18

6

15

9

4

0

131

Gauche

250

196

30

19

5

1

1

0

92

Extrême gauche

150

73

4

12

17

2

41

1

298

Total

1 268

1 082

53

37

37

12

46

1

522

 

Les thèmes touchant à l’immigration les plus abordés sont, dans l’ordre, la nationalité (173 fois), le racisme (153 fois) et le droit de vote (130 fois). La régularisation et la revendication des sans-papiers n’apparaissent que 83 fois et sont portées essentiellement par l’extrême gauche (Ligue communiste révolutionnaire : 1,3 fois par profession de foi) et les écologistes de Solidarité écologie gauche alternative (0,74 fois). Seul 5 communistes sur 95 en parlent, et sur 96 socialistes, aucun n’y fait allusion.

Tableau n° 10 : Utilisation du terme "régularisation" par appartenance politique

Appartenance politique

Candidats

Nombre de fois

Total

% du nombre de fois



0

1

2

3



Extrême droite

103

103

0

0

0

0

0,00

Droite

283

280

3

0

0

3

0,01

Divers

182

181

1

0

0

1

0,01

Écologistes

300

279

17

4

0

25

0,08

Gauche

250

245

5

0

0

5

0,02

Extrême gauche

150

114

24

11

1

49

0,33

Total

1 268

1 202

50

15

1

83

0,07

 

Il ressort de ce tableau, à l’instar des études précédentes, que l’immigration n’est abordée que marginalement dans les professions de foi. Il en est de même pour les mouvements sociaux ou le débat sur l’exclusion. Les seules questions qui apparaissent en force sont l’environnement et l’emploi dont toutes les listes parlent, en dehors des listes "spécialisées" (écologistes et Pour la semaine de 4 jours).

 

Les professions de foi des candidats et des suppléants "immigrés"

Tableau n° 11 : Utilisation des termes "immigrés", "Pasqua-Debré", "régularisation", "nationalité", "racisme", "droit de vote" et "France" par appartenance politique (en %)

 

Appartenance politique

Immigrés

Pasqua-Debré

Régularisation

Nationalité

Racisme

Droit de vote

France

Extrême droite

8,37

0,00

0,00

1,45

0,00

0,00

15,64

Droite

1,99

0,08

0,01

0,03

0,07

0,01

5,60

Divers

0,23

0,01

0,01

0,00

0,02

0,07

0,84

Écologistes

0,40

0,23

0,08

0,02

0,15

0,26

1,51

Gauche

0,12

0,49

0,02

0,02

0,12

0,00

3,92

Extrême gauche

0,65

0,33

0,33

0,03

0,37

0,23

0,57

Total

1,35

0,19

0,07

0,14

0,12

0,10

3,84

Candidats "mmigrés"

0,78

0,16

0,13

0,10


0,10

3,18

 

Nous avons déjà signalé que les organisations qui ont le plus de candidats "immigrés" ne parlent pas plus d’immigration que les autres. L’étude des professions de foi des candidats "immigrés" ou des candidats ayant un suppléant "immigré" permet de constater qu’ils n’abordent pas plus cette question, ce qui laisse clairement apparaître que les candidats "immigrés" ne sont pas les porte-parole des revendications des résidents étrangers. Ils sont plus probablement l’avant-garde d’une population en voie d’intégration.

Tableau n° 12 : Comparaison de l’emploi des termes "immigration", "immigré", "immigrant" et "étranger" dans les professions de foi en 1993 et en 1997 par appartenance politique

 

 

1993

1997

Appartenance politique

Fréquence de l’emploi des termes liés à l’immigration

Nombre de professions de foi analysées

Fréquence de l’emploi des termes liés à l’immigration par profession de foi

Fréquence de l’emploi des termes liés à l’immigration

Nombre de professions de foi analysées

Fréquence de l’emploi des termes liés à l’immigration par profession de foi

Extrême droite

937

82

 

862

103

8,37

Droite

148

167

 

563

283

1,99

Divers

14

56

 

41

182

0,23

Écologistes

20

196

0

121

300

0,40

Gauche

3

184

0,02

30

250

0,12

Extrême gauche

19

77

5

97

150

0,65

Total

   

0

1 714

1 268

1,35

 

Ce tableau permet de comparer la fréquence de l’emploi des termes "immigration", "immigré", "immigrant" et "étranger" dans les professions de foi de 1993 et de 1997. En 1997, ces termes ont été moins utilisés, mais cela tient exclusivement à une diminution constatée chez les candidats du Front national. Tous les autres partis les utilisent plus, voire quelquefois nettement plus, emploi allant de 0,99 fois à 1,99 fois par profession de foi à droite, chez les écologistes et à l’extrême gauche, fréquence qui reste cependant nettement au-dessous de l’extrême droite.

 

Conclusion

Dans la France républicaine, parler de l’origine des personnes est fortement contesté, et nous partageons ce désir de contestation. Malheureusement, la réalité est encore plus contestable : il n’y a aucun député d’origine maghrébine en France, alors qu’il y a trois députés d’origine turque en Allemagne, alors qu’il y a plus de Français d’origine maghrébine que d’Allemands d’origine turque. Il ne faudrait pas que le "républicanisme" serve de cache-misère à la réalité.

Cette misère peut aussi être notée dans l’abandon par les partis de l’arc républicain du combat idéologique. Ne pas aborder les questions qui se posent ne fait pas avancer les choses.

Le contenu des professions de foi et l’absence de candidats "immigrés" vont dans le même sens. La France, les Français, les organisations politiques, renâclent à mettre en application le principe d’égalité. En comparant les professions de foi de 1997 à celles de 1993, une légère amélioration peut être constatée. Elle n’est cependant à la hauteur ni du mouvement social ni de l’urgence. Le Mondial a répondu, l’espace d’un moment, à une attente qui existe, mais qui ne pourra se contenter longtemps des jeux du stade ou du music-hall.