LES FRANÇAIS D'ORIGINE ETRANGERE PARMI LES CANDIDATS AUX ELECTIONS

MIGRATIONS Société N°75-76 mai-août 2001

La question est d'actualité avec les dernières élections municipales qui devraient modifier un peu les choses. Il faut l'espérer car, si on en croit un article du Monde (04/05/00) à propos des élections cantonales et intitulé : "Nadia Byra, l'exception marseillaise du PS", cette candidate "sera la seule candidate issue de l'immigration maghrébine investie par le PS au plan national. Cette fille d'ouvrier maçon marocain, née à Casablanca…"

La question semble aussi normale, en contradiction avec les principes républicains qui interdisent de faire allusion à l'origine nationale, religieuse… sauf, d'ailleurs, quand il s'agit de citoyens européens, candidats aux élections municipales : le Conseil constitutionnel a accepté que la nationalité figure obligatoirement à coté du nom du candidat.

Mais est-ce si normal que cela ? Qu'est-ce qu'un Français "d'origine étrangère", un FOM, Français d'origine maghrébine (Schérazade Kelfaoui) quand on répète, à satiété, qu'un Français sur trois est "d'origine étrangère" à la première, deuxième ou troisième génération ? En plus du problème politique, cela pose une question de méthode. Pour faire une telle étude, il faudrait connaître le lieu de naissance des candidats et celui des parents. Faute de moyens, un autre critère a été utilisé dans la présente communication : personnes ayant un nom et un prénom "étrangers". Mais que veut dire "étrangers" ? Jusqu'à quand un nom, un prénom d'origine africaine (du Maghreb ou d'Afrique noire) ou musulmane seront-ils "étrangers"? Quoi qu'il en soit, avoir un nom et un prénom "étrangers" semblent témoigner d'une immigration récente. Imprécision supplémentaire, les femmes peuvent changer de nom par leur mariage…

En vertu du traité de Maastricht, les ressortissants de l'Union européenne résidant en France ont le droit de vote aux élections européennes et municipales bien que n'étant pas de nationalité française. Ils n'entrent pas dans le titre de la communication. Sont-ils moins étrangers que des Français "d'origine étrangère" ? Sont-ils mieux accueillis comme candidats, comme élus ? Est-ce parce qu'ils ne sont ni noirs, ni maghrébins ? Enfin, personne ne s'attend à ce qu'il soit question ici d'Edouard Balladur, d'origine turque, ex-candidat à la mairie de Paris ? ou de Raymond Forni, d'origine italienne, président de l'Assemblée nationale ?

Tout au long de cette communication, il serait intéressant de faire la comparaison avec les pays européens, comparaison qui ne serait, le plus souvent, pas flatteuse pour la France. Une suffira : les Français sont très fiers du droit du sol. Y compris la droite qui a essayé de le dénaturer quand elle était au pouvoir: Et qui s'en est beaucoup servi à l'Assemblée nationale pour s'opposer à l'octroi du droit de vote aux élections municipales à tous les résidents étrangers. Les Français sont quelquefois méprisants vis à vis de ces Allemands qui, jusque là, ne connaissaient que le droit du sang. Il faut rappeler qu'il y a au moins deux députés d'origine turque au Bundestag et aucun d'origine maghrébine à l'Assemblée nationale alors qu'il y a beaucoup plus de Français d'origine maghrébine que d'Allemands d'origine turque. Mais il y a, bien sûr, Koffi Yamgnane. Il y a là quelque chose qui peut s'appeler discrimination politique.

Les candidats élections législatives de 1997

Lors des élections législatives de 1997, des renseignements ont été obtenus de manière empirique, sur les 1 151 candidats (Tab. 1) et sur les 1 134 suppléants (Tab. 2) dans 102 circonscriptions. Sur ces candidats et suppléants connus, ceux "d'origine étrangère" étaient respectivement de 36 (3,1 %) et de 40 (3,5 %). Sur ces 76 candidats et suppléants "d’origine étrangère", 31 (6 femmes) avaient des noms et prénoms "d'origine maghrébine"..

Les partis, ayant des candidats dans le plus grand nombre de circonscriptions, présentent peu de candidats "d'origine étrangère" : 2 sur 101 pour le Front national (FN), 2 sur 95 pour le Parti communiste (PC), 2 sur 74 pour Les Verts. Le Mouvement pour la France-Centre national des indépendants (MPF-CNI, 86 candidats), le Parti socialiste (PS, 96 candidats) et le Rassemblement pour la République-Union pour la démocratie française (RPR-UDF, 98 candidats) n'en présentent aucun. A l’inverse des "petites organisations", surtout écologistes (10% environ) : 4 sur 41 pour Génération écologie (GE) -- mais il n'a pas été possible d'obtenir l’identité de 33 des 74 candidats -- 3 sur 31 pour Écologie citoyenne et 4 sur 44 pour le Mouvement écologistes indépendant (MEI). A l’Extrême gauche (EG), c’est la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) avec 3 candidats "d’origine étrangère" sur 37 qui a le plus fort pourcentage (8,1 %). Quant aux candidats "d'origine maghrébine", ils se répartissent entre les Divers (7 sur 153) et les Ecologistes (6 sur 257, soit 2 candidats de GE, 2 du MEI et 2 des Verts).

Pour les suppléants, la moyenne des candidats "d'origine étrangère" est de 3,5 % : de moins de 1 % pour l’Extrême droite (ED) à 8,3 % pour les "Divers", en passant par 1,0 % pour l’EG, 1,2 % pour la Droite, 3,2 % pour la Gauche et 5,1 % pour les Ecologistes. Pour les suppléants comme pour les candidats, les proportions de personnes "d'origine étrangère" varie à l'intérieur des familles politiques suivant les partis.

Plus qu’un clivage gauche-droite, la présentation de candidats et de suppléants "d’origine étrangère" est fonction de la taille de l’organisation, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de choix politique : pour une moyenne de 3,4 %, ce sont les Divers (7,2 %) et les Ecologistes (5,5 %) qui font le mieux à l’exception de Les Verts (1,3 %) et de Solidarité écologie gauche alternative (3,2 %), et à l’EG, la LCR (5,5 %).

Ces candidatures "d'origine étrangère" semblent témoigner d'une intégration politique par les "petites organisations" plus que par les grosses. Mais la plus grande proportion de candidats "d'origine étrangère" parmi les Divers permet de penser à des candidatures de contestation. Ce coté contestataire est confirmé quand candidat et suppléant sont tous deux "d'origine étrangère" ce qui se présente dans 4 cas : 2 sous l’étiquette Divers (Maghrébin-Maghrébin), les deux autres sous celles d’Initiative républicaine (Maghrébin-Noir africain) et d’Écologie citoyenne (Espagnol-Maghrébin).

La profession de 701 candidats était connue. Si la proportion de cadres supérieurs, (candidats et suppléants confondus), est de 30,6 % en moyenne, elle monte à 34,1 % chez les personnes "d'origine étrangère" et à 61,5 % chez les femmes "d'origine étrangère". Les personnes "d’origine étrangère" et surtout les femmes doivent faire preuve d’une intégration, plus importante, dans les couches sociales supérieures pour pouvoir se présenter aux élections.

Au total, le pourcentage de candidats "d'origine étrangère" est faible (3,1), légèrement plus élevé pour les suppléants (3,5). De plus, il y a moins de personnes "d'origine maghrébine" chez les candidats "d'origine étrangère" (13/36 soit 36,11%) que chez les suppléants (18/40 soit 45%). Les femmes sont aussi moins représentées parmi les candidats (26,4%) que parmi les suppléants (36,7%), ce phénomène s'accentue quand il s'agit des candidats (7/36 soit 19,4%) et des suppléants (12/40 soit 30%) "d'origine étrangère" et encore plus pour les candidats et suppléants "d'origine maghrébine" (6/31 soit 19,3%).

Les élections régionales de 1998

Sur les 15 914 candidats qui se sont présentés aux élections régionales de mars 1998 dans les 95 départements métropolitains, des renseignements ont été obtenus pour 14 946 d'entre eux (95,51% des candidats) : 423 (2,8%) étaient "d'origine étrangère" (Tab. 3). L'ED en présentait 12 pour 1741 candidats (0,7%), la Droite 40 pour 3 827 (1,1%), les Ecologistes 83 pour 2412 (3,4%), les Divers 101 pour 2810 (3,6%), l'EG 73 pour 1773 (4,1%), la Gauche 114 pour 2382 (4,8%). Parmi ces 423 candidats "d'origine étrangère", 241 sont "d'origine maghrébine".

La proportion des candidats "d'origine étrangère" varie à l'intérieur des grandes familles politiques : les Divers gauche présentent infiniment plus de candidats (17,4%) que la Gauche (1,9%), les Divers droite (1,5%) deux fois plus que la Droite classique (0,7%). Une grande diversité se retrouve même parmi les Divers entre les Fédéralistes avec 35 pour 215 candidats (16,3%) et le Chasse-pêche-nature et tradition (CPNT) avec 5 candidats sur 801 (0,6%). La famille écologiste paraît plus homogène bien que la proportion varie du simple (2,1% chez Les Verts) au double (4,9% à GE).

Sur les 1661 élus (sur 1719) pour lesquels des renseignements ont été obtenus (Tab. 4), 12 soit 0,7% sont "d'origine étrangère". Pour un candidat "d'origine étrangère", il est encore beaucoup plus difficile d'être élu : 12 élus sur 423 candidats (2,8%) contre 1719 élus pour l'ensemble des 15 914 candidats (10,8%).

Par grande famille, ce sont Les Verts qui font le mieux : 1 élu "d'origine étrangère" sur 17. Viennent ensuite l'ED, 4 élus "d'origine étrangère" sur 268 (1,5%), devançant nettement la Gauche avec 6 "d'origine étrangère" sur 660 soit 0,9%. Sur les 4 élus "d'origine maghrébine", 1 est sur une liste de Gauche, 1 sur une liste Les Verts et 2 sont des élus du FN,!

La présence de personnes "d'origine étrangère" (2,8%) et plus particulièrement d'origine maghrébine (1,6%) est encore plus faible dans les "gros partis" susceptibles d'engager une véritable intégration politique : 0,7% pour la Droite, 1,86% pour la Gauche et 2,1% pour Les Verts dont moins de la moitié "d'origine maghrébine". D'où une forme de contestation qui s'exprime par la constitution de listes classées Divers gauche avec 78 candidats "d'origine étrangère" sur 449, soit 17,5%.

Ces faibles pourcentages, surtout dans les "gros partis", témoignent d'un défaut d'intégration politique mais aussi d'un manque de prise en considération de cet électorat. Ce devrait être cependant plus facile pour un scrutin de liste comme les élections régionales que pour un scrutin uninominal comme celui des législatives.

Les élections européennes

Le nombre de candidats a beaucoup varié lors des élections européennes. La France a élu 81 représentants en 1989 et 87 en 1994 et 1999. Depuis 1989, le nombre de listes ne cesse d'augmenter : 10 en 1989 avec 810 candidats, 19 en 1994 avec 1653 candidats, 20 en 1999 avec 1740 candidats. Certaines, bien que déclarées officiellement, n'envoient pas aux électeurs la liste des candidats ou la profession de foi et quelquefois ni l'une ni l'autre.

Dans le tableau 5, ont comparés les candidats des listes présentes -- unies ou séparées -- aux 3 élections soit 648 sur 8 listes en 1989, 870 candidats sur 10 listes en 1994 et en 1999. Cette façon de faire est critiquable. Comme il a été vu plus haut, les "petites listes" peuvent traduire les insuffisances des "grosses". Mais ce choix a été dicté par l'intérêt de suivre une évolution à travers 3 élections successives. Ces listes ne sont pas identiques d'un scrutin à l'autre. En effet, en 1994, le MDC et Radical ont constitué des listes alors qu'en 1989 et 1999 leurs candidats étaient sur la liste du PS. En 1989 et 1994, il y avait une seule liste d'extrême droite, celle du FN mais en 1999, le FN et le Mouvement national (MN) se présentaient séparément. La droite n'a jamais été unie : en 1989, une liste du Centre, conduite par Simone Veil, et une liste UDF/RPR ; en 1994, une liste de Villiers et une liste UDF/RPR ; en 1999, une liste UDF, une RPR/Démocratie Libérale et une Rassemblement pour la France (RPF) !. Enfin, en 1989 et 1994, LO se présentait seule, en 1999, elle faisait liste commune avec la LCR.

Le pourcentage de candidats "d'origine étrangère" augmente à chacune des consultations : en 1989, ils étaient 13 (2,0%), 22 en 1994 (2,5%) et 37 en 1999 (4,3%). Même évolution pour les Domiens : 1 en 1989, 2 en 1994 et 19 en 1999. Quant aux étrangers -- candidats ayant la nationalité de l'un des pays de l'Union européenne -- ils n'avaient pas le droit de se présenter en 1989, ils étaient 2 en 1994 (1 Les Verts et 1 binational, franco-britannique sur la liste de Villiers), 7 en 1999 dont Cohn-Bendit, tête de liste de Les Verts, de nationalité allemande mais appartenant à l'histoire de France depuis 1968.

Cette évolution touche l'ensemble des listes. En effet, en 1989, 5 listes sur 8 présentaient des candidats "d'origine étrangère" notamment "d'origine maghrébine", seuls CPNT, UDF/RPR et FN n'en présentaient pas. En 1994, seul CPNT ne présentait pas de candidat "d'origine étrangère" et aucun candidat "d'origine maghrébine" ne figurait ni sur la liste de Villiers, ni sur celle du PS. En 1999, toutes les listes présentaient des personnes "d'origine étrangère" et seuls CPNT et le MN ne présentaient pas de candidats "d'origine maghrébine". Avec 8 candidats "d'origine étrangère" dont 6 "d'origine maghrébine", le PC arrivait en tête.

En ce qui concerne les candidats étrangers -- ressortissants de l'UE -- les Ecologistes ont ouvert la voie avec un candidat en 1994. En fait, sur 1653 candidats sur 19 listes, 5 étaient de l'UE mais sur des petites listes. Les "gros partis" avaient d'autres préoccupations que les citoyens européens. En 1999, la palme revient au PC avec 4 candidats étrangers, suivi par LO/LCR, 2 candidats et par Les Verts 1 candidat. La droite ne présente aucun candidat étranger.

Il semble donc possible de dire que les politiques commencent à prendre en compte la diversité culturelle de la France et de la dimension européenne du scrutin. Encore faut-il examiner le nombre d'élus parmi ces candidats étrangers.

En 1989, sur 81 représentants de la France au Parlement européen, 2 étaient "d'origine maghrébine" Nora Zaïdi pour le PS et Djida Tazdaït pour Les Verts. En 1994, ces candidates n'ont pas été présentées et aucune personne "d'origine maghrébine" n'a été élue. En 1999, ont été élus Yasmine Boudjenah (PC), Sami Naïr (PS), Tokia Saïfi (RPR), Alima Boumediene- Thiery (Les Verts), 1 candidat "d'origine noire africaine" Fodé Sylla, ancien président de Sos-Racisme (PC). A noter qu'un autre ancien président de SOS-Racisme, "d'origine antillaise", Harlem Désir, a aussi été élu sur la liste du PS. Un seul "étranger" a été élu, Daniel Cohn-Bendit, tête de liste des Verts. Les élus qui représentent la France au Parlement européen en 1999 sont donc plus représentative de la diversité française qu'ils ne l'avaient jamais été.

En somme, une évolution sensible qui porte à la fois sur les candidats et sur les élus. Evolution à suivre aux prochaines élections municipales qui auront lieu aussi avec un scrutin de liste et une multitude de candidats et d'élus.

Les élections municipales de 1995

L'institut de sondage CSA a fourni une liste de 115 communes ou "circonscriptions" (Paris, Lyon, Marseille sont subdivisées) représentatives des 36 763 communes de France. Des informations ont été obtenues sur 435 des 441 listes (98,6%) et sur 15 783 candidats (Tab. 6) dont 676 étaient "d'origine étrangère" (4,3%) dont 383 "d’origine maghrébine" (2,4%). On retrouve ces candidats dans toutes les familles politiques mais leur nombre est d'autant plus important que ces listes sont plus à gauche. Cette gradations de droite à gauche est moins pertinente quand il s'agit de candidats "d'origine maghrébine" du fait de leur importante présence sur des listes "Divers".

Sur les 13 listes qui présentent plus de 10% de candidats "d'origine étrangère", 9 sont des listes "Divers" (6 Divers gauche, 3 Divers droite), les 4 autres sont de Gauche. Une fois de plus, les listes "Divers" permettent à des personnes qui ne sont pas reconnues par les "grosses organisations" de se faire entendre.

Par ailleurs, chaque famille politique n'a pas partout le même comportement : à l'EG, 2 listes LO ont 6 candidats "d'origine étrangère", l'une sur 53 (11,3%) et l'autre sur 56 (10,7%) mais 2 listes PT n’en ont aucun. A Gauche, 30 listes sur 130 n’ont pas une seule personne "d'origine étrangère" (9 Union de la gauche sur 29, 8 PS et alliés sur 24, 8 Divers gauche sur 38, 4 PC et alliés sur 15, 1 Ecolo-alternatifs sur 5)... Sur les listes de Droite, 127 candidats "d'origine étrangère" constituaient 3,0% des 4203 candidats (1,3% pour ceux "d'origine maghrébine") mais 40 listes sur 110 n'en présentaient aucun. A l'ED, sur 2 390 candidats, il y avait 39 candidats "d'origine étrangère" (soit 1,6%) dont 6 (0,3% Maghrébins) et 38 listes n’en avaient aucun.

Comparer la présence de candidats "d'origine étrangère", par définition français, au nombre de résidents étrangers peut paraître hasardeux. Mais les personnes "d'origine étrangère" proviennent du réservoir "étranger" certes avec un temps de décalage. Il est fort probable qu’il existe une liaison entre ces deux paramètres. D’autre part, la présence de noms et prénoms "d’origine étrangère" sur les listes de candidats témoigne de la prise en considération par les politiques de la clientèle électorale que constitue cette catégorie de citoyens, de l'intégration ou de la volonté d’intégration de ces personnes à travers la participation politique.

La population totale et la population étrangère de la commune sont connues. pour 345 listes où figuraient 492 personnes d'origine étrangère (4%) dont 255 maghrébins (2%). Les étrangers sont "sous-représentés" sur 291 listes et "sur-représentés" sur 32. Sur 148 listes (42,9%), il n'y a aucun candidat "d'origine étrangère" dont 36 listes dans des communes où le pourcentage de résidents étrangers est de 10% ou plus. Cette distorsion entre la proportion d’étrangers dans la commune et la nombre de personnes "d'origine étrangère" sur les listes permet d’affirmer qu’il y a un problème de représentation et d'intégration. La sur-représentation sur certaines listes témoigne de la prise de conscience par les intéressés de cette exclusion qui les amène à constituer des listes.

Dans un scrutin de liste, la place du candidat sur la liste (Tab. 7) est importante, au point de vue image mais aussi pour être élu. Par définition, si les candidats "d'origine étrangère" étaient traités comme les autres, ils devraient se retrouver à 20% dans les deux premiers déciles et à 20% dans les deux derniers déciles. Il n'en est rien. Ils sont sur-représentés dans les deux derniers déciles et sous-représentés dans les deux premiers. L'ED avec une faible proportion de candidats "d'origine étrangère", l'EG avec la plus forte ont les répartitions les plus correctes. La Droite et la Gauche se ressemblent fort et ce sont les Divers et notamment les Divers écologistes qui ont tendance à reléguer leurs candidats "d'origine étrangère" en fin de liste.

L'étude de la place des candidats "d'origine maghrébine" sur les listes (Tab. 8) permet de noter une légère accentuation du phénomène constaté pour l'ensemble des candidats "d'origine étrangère". Moindre représentation dans les deux premiers déciles, légère accentuation de la sur-représentation dans les deux derniers. L'ED et les Divers écologistes ne peuvent être étudiés par suite du faible nombre de candidats d'origine maghrébine. Les candidats de la Droite sont surtout dans les deux derniers déciles, ceux de la Gauche sont plutôt "cachés" dans la masse. L'EG, une fois de plus est celle qui leur assure les meilleurs places. Les Divers ne ressemblent, ici, à aucune autre famille. Sous cette rubrique coexistent les classiques Divers des élections municipales mais aussi des listes à forte composition maghrébine.

La profession des 14 556 candidats : 589 étaient ouvriers (4,1%), 243 chômeurs (1,7%). Les personnes "d'origine étrangère" constituent 3,4% des candidats dont la profession est connue mais 13,2% des chômeurs, 5,8% des ouvriers, 5,5% des employés. Les chômeurs, les ouvriers, les employés sont donc plus présents que dans l'ensemble des candidats où ces couches sont fortement sous-représentées. Il ne semble pas que le filtre de la réussite sociale soit la condition d'admission sur ces listes. Cela serait probablement très différent si on faisait l'étude des élus comme l'a fait Vincent Geisser.

Dans 417 circonscriptions professions de foi et listes ont été obtenues. Les professions de foi parlent d'autant plus d'immigration qu'il y a moins de candidats "d'origine étrangère" sur leur liste (12,2% si 4 candidats ou plus, 15,5% pour 1 à 3 candidats, 21,7% si aucun candidat). Mais cette constatation doit être revue en fonction des orientations politiques. En réalité, les professions de foi parlent plus d’immigration quand il y a des candidats d'origine étrangère sur les listes de Gauche et de Droite. L'ED qui parle beaucoup plus de l'immigration que tous les autres courants, a un comportement inverse et parle d'autant plus d'immigration qu'elle présente moins de candidats "d'origine étrangère".

En guise de conclusion, deux types de remarques :

Libération a écrit : "Après les pionniers de 1983, aux temps héroïques du mouvement beur avaient fleuri en 1989 de multiples candidatures sur les listes de gauche et, exceptionnellement de droite... Démystification de la prétendue explosion beur aux municipales de 1989…" Cette démystification n'empêchait pas le même article d'annoncer : "Les élus municipaux issus de l'immigration vont être plus nombreux… La multiplication des candidatures correspond à l'arrivée à maturité de toute une génération" (Libération du 9 juin 1995). L'analyse des faits montre qu'à travers les différentes élections, les choses évoluent très lentement. Jusqu'à quand pourra-t-on publier le même article faisant un constat désenchanté sur la précédente élection et annonçant qu'à la présente les élus "d'origine étrangère" vont être plus nombreux ?

Nommer les "Français d'origine étrangère", c'est les séparer, les mettre à part. Mais alors leur mode de désignation, leur rôle d'élus sont-ils particuliers ? Sur quels critères sont ils choisis ? Sur leur militantisme, leur insertion dans le parti ? Ou sur leur origine ? Sont-ils choisis pour leur compétence politique comme tout un chacun ? ou pour leur compétence supposée à servir d'intermédiaire entre l'administration et des populations dites "à problème" ? Ou tout simplement comme disait Libération dans l'article déjà cité : "les politiques apprécient les beurs surtout comme rabatteurs d'électeurs". Quand ils sont élus, quelles responsabilités ont-ils ? Sont-ils cantonnés aux fonctions de médiateur, de représentant de leur supposée "communauté" ou sont-ils des élus "comme les autres" ? Quel pouvoir, quelle influence ont-ils réellement ? Quant apparaîtront des maires, des conseillers généraux, des députés, des sénateurs ou même un Premier ministre ou un président de la République sans que cela fasse l'objet d'articles ou de communications ?

A l'heure où l'on parle du droit de vote des résidents étrangers non communautaires, quel va être le taux d'inscription sur les listes électorales des ressortissants européens qui ont le droit de vote, des jeunes "d'origine étrangère" et des Français par acquisition. De candidats ? d'élus ? Tout le monde se moque que 4% seulement en 1994 et 7% en 1999 des électeurs européens potentiels se soient inscrits sur les listes électorales complémentaires Il n'en sera pas de même pour les prochaines élections municipales. Déjà, la brochure de la mairie de Paris, "Vivre à Paris, Guide à l'usage des ressortissants de l'Union européenne" trahit cette préoccupation. Nul doute que les élus municipaux et encore plus les maires-et-sénateurs seront sensibles au doux frémissement des bulletins de Français "d'origine étrangère" glissant dans les urnes.

BIBLIOGRAPHIE

GEISSER Vincent "Ethnicité et politique dans la France des années 1990. Etude sur les élites politiques issues des immigrations maghrébines". Thèse de doctorat IEP Aix en Provence, 1995

GEISSER Vincent "Ethnicité républicaine, les élites d'origine maghrébine dans le système politique français. Presses de Sciences Po, 1997

KELFAOUI Schérazade "Le comportement électoral des Français d'origine maghrébine à Sait-Denis in Immigration, vie politique et populisme en banlieue parisienne (fin XIXème-XXème siècles) sous la direction de Jean-Paul Brunet L'Harmattan, 1995.

ORIOL Paul "Les immigrés et les élections municipales de 1995" Migrations Société, mars-avril 1998, vol.10, n°56

ORIOL Paul "La question de l'immigration lors des élections législatives de 1997" Migrations Société, mai-juin 1999, vol.11, n°63

Mairie de Paris Guide à l'usage des ressortissants de l'Union européenne, Février 2000

ORIOL Paul "La question de l'immigration lors des élections régionales de 1998" Migrations Société, mars-avril 2000, vol.12, n°68

ORIOL Paul "La question de l'immigration lors des élections européennes de 1989, 1994 et 1999" Migrations Société, mars-avril 2000, vol.12, n°68

Tab. 1 : Candidats lors des élections législatives 1997


Candidats

np*

Connu

C. orig. étrang.

orig. étrang %

C.orig. maghr

Droite

283

3

280

2

0,7

0

Gauche

250

0

250

4

1,6

0

ED

103

0

103

2

1,9

0

Total

1268

117

1151

36

3,1

13

EG

150

52

98

4

4,1

0

Divers

182

19

163

9

5,5

7

Écologistes

300

43

257

15

5,8

6

*non précisé

 

Tab. 2 : Suppléants lors des élections législatives 1997


Suppléants

np*

Connu

S. orig. étrang

orig.étrang %

S.orig. maghr

ED

103

0

103

1

1;0

0

EG

150

52

98

1

1,0

0

Droite

283

10

273

4

1,5

1

Gauche

250

2

248

8

3,2

3

Total

1 268

134

1134


3,5

18

Écologistes

300

44

256

13

5,1

6

Divers

182

26

157

13

8,3

8

* non précisé

 

Tab. 3 : Candidats lors des élections régionales 1998


Total

C.orig. étrang

C.orig.étrang %

C.orig.maghr

C.orig.maghr%

CPNT

801

5

0,6

0

0,0

Droite

2014

13

0,7

6

46,2

ED

1741

12

0,7

4

33,3

Regionalistes

576

8

1,4

1

12,5

Divers droite

1813

27

1,5

16

59,3

Gauche

1933

36

1,9

15

41,7

Femmes

374

7

1,9

4

57,1

Les Verts

702

15

2,1

10

66,7

Total

14946

423

2,8

241

57,0

MEI

683

23

3,4

7

30,4

Divers écologistes

349

12

3,4

6

50,0

EG (LCR,LO)

1773

73

4,1

33

45,2

Chômeurs

218

10

4,7

3

30,0

GE

679

33

4,9

17

51,5

Divers

626

36

5,8

21

58,3

Fédéralistes

215

35

16,3

27

77,1

Divers gauche

449

78

17;4

71

91,0

 

Tab. 4 : Elus lors des élections régionales 1998

 

Elus

Elus d'orig. étrang.

%

Elus d'origine maghr.

Les Verts

17

1

5,9

1

ED

268

4

1,5

2

Gauche

660

6

0,9

1

TOTAL

1661

12

0,7

4

Droite

654

1

0,2

0

EG

24

0

0

0

Divers

36

0

0

0

 

Tab. 5 : Candidats lors des 3 dernières élections européennes


Total

Dom

D'origine étrangère

Maghrébins

Espagnols

Italiens

Noir

Portugais

Autres

Etrangers

1989

648

1

13

8

3

0

1

0

1

0

1994

870

2

22

11

2

4

0

1

4

2*

1999

870

19

37

19

7

3

1

0

7

7

*dont un double national

 

Tab. 6 : Candidats lors des élections municipales de 1995

 

Nb Listes

Candidats

C.d'orig.étrang.

%

C.d'orig.maghr.

%

ED

60

2 390

39

1,6

6

0,3

D

110

4 203

127

3,0

54

1,3

TOTAL

435

15 783

676

4,3

383

2,4

Divers

104

2 615

139

5,3

110

4,2

Divers écolo

11

458

25

5,5

13

2,8

G

130

5 210

290

5,6

173

3,3

EG

20

907

56

6,2

27

3,0

 

Tab. 7 : Place des candidats "d'origine étrangère" sur les listes

 

Deux premiers déciles

Deux derniers déciles

EG

21,0

24,2

ED

20,6

17,6

Divers

17,5

27,5

Ensemble

15,2

24,4

G

12,9

21,9

D

12,9

25,9

Divers écologistes

4,6

31,8

 

Tab. 8 : Place des candidats " d'origine maghrébine" sur les listes

 

Deux premiers déciles

Deux derniers déciles

Divers

20,9

37,3

EG

20

27,5

Ensemble

13,2

25,5

G

9,8

17,3

D

9,1

34,1