Paranoïa

 

Dans leur lettre de mission à Brice Hortefeux, le président de la République et le Premier ministre affirment : « il est aussi inconscient de croire que l’immigration est sans incidence sur le devenir de notre nation que de penser que l’immigration n’a pas contribué à forger notre identité ».

C’est là une évidence. Qu’auraient été les « trente glorieuses » sans la main d’œuvre immigrée, la science française sans Marie Curie, les lettres françaises sans Rousseau et Zola, la politique française sans Gambetta, Balladur et… Sarkozy ?

Il est plus difficile de dire « quelle incidence elle aura sur le devenir de notre nation ».

Il n’est pas interdit de se poser la question de façon différente : « Quelle influence aura la politique actuelle de l’immigration sur le devenir de notre nation ».

Et là, les choses sont plus claires. Qui ne voit les conséquences sur la vie de millions de personnes, y compris françaises, de l’obsession de l’immigration ? Rafles dans les quartiers « immigrés », arrestations dans les écoles ou à la sortie des classes, contrôles au faciès, suspicion des mariages mixtes, criminalisation des actes de solidarité, y compris au sein d’une famille…

En restant dans le champ des préoccupations de la Lettre, qui ne voit à quel point l’obsession de la fraude concernant la nationalité française entraîne les pratiques administratives sur des chemins dangereux et réveille de grandes douleurs qui touchent de nombreux Français quelle que soit leur origine : suspicion de leur nationalité, à la simple vue de leur patronyme ou parce qu’ils sont nés à l’étranger ou parce que leurs parents sont nés à l’étranger ou même dans des départements appartenant ou ayant appartenu à la République… La loi et les fonctionnaires qui l’appliquent, semblent avoir oublié que l’Alsace est, malgré les vicissitudes une terre française, que l’Algérie l’était jusqu’en 1962 !

Alors que la loi est claire « est français tout enfant né en France d’un parent né en France », voici des Français à qui on demande de « prouver » une nationalité qu’ils ont depuis de longues années ou depuis toujours, quelquefois depuis plusieurs générations, qui ont fait une carrière de fonctionnaire, de militaire, qui ont été des élus de la République

Etrange retour de l’Histoire : certains à qui on voulait retirer leur nationalité française – et la vie – à cause de leur religion qu’ils devaient déclarer sur leur carte d’identité ou sur leur poitrine, doivent, aujourd’hui fournir un certificat de religion pour se la voir reconnue ! Certains quoi qu’ils fassent n’ont toujours pas l’innocence de « vrais » français.

Il ne fait pas de doute que cette paranoïa laissera des traces. Et pas seulement chez les victimes.

Lettre de la citoyenneté n°89 septembre-octobre 2007