QUI A VOTE POUR

BARACK OBAMA

 

 

L’élection de Barack Hussein OBAMA à la présidence des États-Unis est un événement politique considérable dont il est impossible de prévoir le retentissement. Pour les États-Unis et leur image extérieure mais aussi pour les Noirs des États-Unis, pour les Noirs du monde entier et, finalement, pour tous les démocrates. Il n’est pas question d’envisager toutes les significations, toutes les conséquences, ni toutes les espérances ou les illusions qui accompagnent cette élection. Mais, simplement, de jeter un œil à cette occasion sur la place des Noirs lors des grandes élections aux États-Unis.

Avertissement
Cette note a été rédigée, sans aucune compétence particulière, à partir de données qui peuvent être trouvées plus ou moins aisément sur la toile. Elle a donc au moins deux défauts principaux : l’ignorance de l’auteur et les erreurs, données peut-être inexactes, recueillies sur la toile, le plus souvent sur le site wikipedia.
D’après le recensement étasunien de 2000, 75,1% des recensés se disent Blancs ou Caucasiens sans autre appartenance raciale (21,4% soit 60 millions d’origine germanique), 12,3% Noirs ou Africains Américains, 12,5% Hispaniques de toutes races, 3,6% Asiatiques, 2,4% de deux ou plusieurs races. Les Hispaniques peuvent être comptabilisés à la fois comme Hispaniques et comme Noirs ou Hispaniques et Blancs ou…, le total dépasse les 100%. Les termes utilisés sont la traduction des termes anglais.
Dans ces décomptes ethniques, il n’est jamais question de nationalité. Il n’est donc pas certain que les pourcentages donnés tout au long de cet article correspondent au pourcentage d’électeurs. Notamment pour les Hispaniques. La différence doit être moins grande s’agissant des Noirs bien que le nombre d’immigrants noirs soit croissant.
Seul sont concernés ici les élus Noirs ou Africains américains, les autres ethnies ne sont pas étudiées. D’après le site officiel, le Congrès, sénateurs et représentants confondus, comprenait aussi 1 Vietnamien, 1 Américain indien, 7 Asiatiques, 25 Hispaniques (soit pour les Hispaniques 4,7% des élus du Congrès).

Les sénateurs
Chaque État, quelle que soit l’importance de sa population, élit 2 sénateurs pour 6 ans. Il y a donc 100 sénateurs. Le sénateur Obama était le seul sénateur noir. Élu de l’État de l’Illinois, il a siégé de 2005 à 2008. Il était le cinquième sénateur africain américain de l’histoire des États-Unis, le troisième à être élu depuis le 17ème Amendement de la Constitution qui a institué, en 1913, l’élection populaire des sénateurs.
Auparavant le Mississippi a eu un sénateur noir, non élu, républicain, à deux reprises, en 1870-71 et de 1875 à 1881. Deux sénateurs noirs ont été élus avant Barack Obama, l’un républicain dans le Massachusetts de 1967 à 1979, l’autre, une femme, démocrate, dans l’Illinois de 1993 à 1999.

Les représentants.
Les 435 représentants, élus pour deux ans au scrutin uninominal à un tour, à deux tours pour la Louisiane, sont répartis en fonction de l’importance de la population des Etats. Ainsi la Californie a 53 représentants pour 36 millions d’habitants, l’Iowa 4 pour 2 926 324 habitants et l’Idaho 2 pour 1 293 953 habitants. La proportion de Noirs à la Chambre des représentants est plus importante qu’au Sénat avec 37 élus en 2000, soit 8,5%. Et la même année, il y avait 1 gouverneur noir sur 50.
Pour comparer les élus noirs aux autres représentants, un groupe témoin a été constitué de l’élu blanc qui précède et de l’élu blanc qui suit chaque élu noir sur la liste par Etat et par ordre alphabétique de la Chambre des représentants, soit 63 élus blancs. Ils ne sont pas 74 parce que deux ou plusieurs élus noirs peuvent se suivre sur la liste et ne sont retenus alors que l’élu blanc qui précède cette série et l’élu blanc qui la suit. Cette note comparative porte donc sur 100 élus : 63 blancs, 28 républicains dont 4 femmes (14,3%) et 35 démocrates dont 4 femmes (11,4%) et 37 noirs, tous démocrates dont 11 femmes (29,7%). Grâce à un effectif relativement élevé de femmes noires parmi les représentants, la proportion de femmes est plus élevée chez les démocrates (20,8%) que chez les républicains (14,3), et 19% de l’échantillon, les deux partis confondus. D’après le site officiel du Congrès, le pourcentage de femmes à la Chambre et au Sénat est le même : 17%.

Le premier représentant noir, républicain, a été élu en 1870. Il y a eu aussi des élus noirs en Alabama, Floride, Georgie, Louisiane, Mississippi, Caroline du Nord et Virginie. Jusqu’en 1897, tous du parti républicain, parti d’Abraham Lincoln. Il n’y a plus eu de Noirs au Congrès jusqu’en 1928 où un Noir, républicain, le dernier républicain noir, a été élu et en 1935, le premier représentant noir démocrate.
Le président Bush, républicain, a nommé des personnalités noires dans de très hautes fonctions de son administration mais il n’y a aucun élu républicain noir, ni au sénat, ni à la chambre des représentants. Il ne faut pas, cependant, oublier qu’en son temps Bill Clinton avait tenu sa promesse d’un gouvernement qui "ressemblerait à l'Amérique". On y trouvait 76% de blancs non hispaniques (75% dans la population totale), 14% de Noirs (contre 12%), 6% d'Hispaniques (9%), 5% d'Asiatiques (6%) et 0,6% d'Amérindiens (0,6%), 46% de femmes (50%)... (Courier international 10-16/03/1994). Cela avait d’ailleurs valu à Bill Clinton le titre, un peu abusif mais significatif, de premier président noir des États-Unis : titre attribué par Toni Morrisson, écrivaine noire, prix Nobel de littérature, 1993.

Age
L’âge moyen des représentants est de 58,7 ans, les blancs (58,3) sont plus jeunes que les noirs (59,5) et les républicains plus jeunes que les démocrates (57,6 contre 59,1). Les noirs sont tous démocrates. Si on compare l’âge des seuls démocrates, ici encore les blancs sont plus jeunes que les noirs : 58,9 ans et 59,6. Cette différence est encore plus nette chez les femmes : 57 contre 60,3 ans.

 

Ancienneté du mandat
Les représentants sont, en moyenne, élus depuis 11,7 années : 9,9 années pour les républicains (8,0 pour les 4 femmes, 10,2 pour les 28 hommes), 12,4 années pour les démocrates (8,9 pour les 15 femmes, 13,4 pour les 57 hommes). En ne considérant que les démocrates, les démocrates noirs ont été élus plus récemment que les blancs : depuis 8,4 ans pour les 11 femmes noires contre 10,4 pour les 4 blanches et 12,9 ans pour les 26 hommes noirs contre 13,7 pour les 57 hommes blancs.

Au total, les représentants noirs sont plus âgés que les blancs et leur élection est plus récente (ancienneté du mandat).

 

Circonscription

Sur 37 élus noirs, 22 sont élus dans des circonscriptions dont la population est noire à plus de 50%, 6 entre 40 et 49%, 4 entre 30 et 39%, 4 entre 20 et 29% (Californie, districts 33 et 35, avec une forte minorité hispanique, 34,6 et 43,2%, Indiana district 7, Missouri district 5), 1 à 12,9% (Minnesota 5). La proportion d’élus noirs augmente avec la proportion de Noirs dans la population. Les représentants noirs sont élus, essentiellement, dans des districts où la minorité noire est importante et toujours supérieure à la moyenne nationale (12,4%). Le premier est élu dans une circonscription avec 12,9% de Noirs (Tableau 1)
Inversement, sur les 63 élus blancs, 43 l’ont été dans une circonscription comptant moins de 12,4% de Noirs, 7, une proportion de Noirs entre 12,4 et 20%, 10 entre 20 et 29%, 3 supérieure à 30% (30,3%, 36% et 40%).
Les républicains font jeu égal avec les démocrates quand les circonscriptions comptent moins de 12,4% de Noirs. Quand la proportion de Noirs est supérieure, les démocrates sont plus souvent élus que les républicains et la proportion de Noirs parmi les élus démocrates augmente parallèlement à celle des Noirs dans la population. Au dessus de 40% tous les élus sont noirs et démocrates.

 

 

Tableau 1 - Répartition des représentants suivant le parti et la couleur de l’élu en fonction de l’importance de la population noire de sa circonscription

% de Noirs

Élus noirs démocrates

Élus blancs démocrates

Élus blancs républicains

Total

0 à <12,4

0

22

21

43

12,4 à <20

1

5

2

8

20 à <30

4

6

4

14

30 <40

4

2

1

7

40 à <50

6

0

0

6

50 et plus

22

0

0

22

Total

37

35

28

100

 

LES MAIRES

Parmi les 75 villes les plus peuplées (population supérieure à 246 000 habitants) des États-Unis, Arlington (Texas) où les Noirs constituent 13,73% de la population, est administrée par un « city manager » blanc, le maire a alors une fonction essentiellement honorifique. A Honolulu, la population est composée de manière atypique avec 2,35% de Noirs, 6,7% d’Hispaniques et 21,28% de Blancs ; la catégorie « autres » constitue 75,37% de la population. Le maire est samoan et démocrate.

Les maires des 73 autres communes (Tableau 2) sont très majoritairement démocrates, 53 contre 14 républicains et 6 n’appartiennent à aucun des deux grands partis et sont blancs dont 2 hispaniques

Comme pour les sénateurs, comme pour les représentants, tous les maires noirs (15), sont démocrates. Parmi les maires « blancs », 4 sont hispaniques et démocrates. Quand la proportion de Noirs est inférieure ou égale à la proportion nationale, les démocrates ont deux fois plus de maires que les républicains (19 contre 7). Quand cette proportion est supérieure à la moyenne nationale, le nombre de maires démocrates est 5 fois plus important (34 contre 7). A partir d’une proportion de 40% de population noire, il n’y a pas de maire républicain.

La proportion de maires noirs augmente avec l’importance de la population noire dans la cité. Aucun n’est maire d’une commune où la proportion de Noirs est inférieure à la moyenne nationale. Sur les 7 villes qui ont une proportion de Noirs supérieure à 50%, 6 ont un maire noir.

La « promotion » des Noirs comme maire semble plus difficile que comme représentant : sur les 15 maires noirs, 4 hommes sont les premiers maires noirs de leur commune et une femme est la première femme noire maire de sa commune.

 

Tableau 2 – Répartition des maires des 73 plus grandes villes des États-Unis suivant le parti et la couleur de l’élu en fonction de l’importance de la population noire de sa commune

% de Noirs dans la commune

Maires noirs démocrates

Maires blancs démocrates

Maires blancs républicains

Maires blancs indépendants

Total

0 à <12,4

0

19

7

3

29

12,4 à <20

2

7

2

0

11

20 à <30

1

8

3

3

15

30 <40

4

2

2

0

8

40 à <50

2

1

0

0

3

50 et plus

6

1

0

0

7

Total

15

38

14

6

73

 

Un article intéressant (http://www.fivethirtyeight.com/2009/01/why-are-there-no-black-senators.html) pose la question ; “Pourquoi n’y a-t-il pas de sénateurs noirs ? ». De façon plus complète, il pourrait être intitulé : « Pourquoi n’y a-t-il pas de sénateurs noirs alors qu’il y a des représentants et des maires noirs ? ». L’article  montre que les chances d’avoir un représentant noir sont pratiquement nulles tant que la proportion des Noirs dans la population est inférieure à 25%, seuil à partir duquel les chances augmentent rapidement pour aboutir à l’élection pratiquement certaine d’un Noir quand cette proportion atteint 60% ? Cette probabilité dépend d’un autre facteur, la tendance « libérale » ou conservatrice de la circonscription.
Ceci peut être mis en évidence à propos de l’élection des gouverneurs. Ils sont élus pour 4 ans dans 47 États et de 3 ans dans les États de New Hampshire, de Rhodes Island et du Vermont, au scrutin uninominal à un tour et ne peuvent faire que deux mandats. Sur 50, deux (4%) sont noirs. Ils ont été élus dans des États où la proportion de la population noire est relativement faible (7,58% dans le Massachusetts et 18,3% à New York), cela tient au fait que la population de ces États est particulièrement « libérale » : ce qui est confirmé par le vote Obama (62% dans le Massachusetts contre 36% à Mc Cain et 62 contre 37 à New York).
Inversement, il est difficile d’avoir des élus noirs même avec une forte proportion de Noirs dans la populations quand les Etats sont particulièrement conservateurs comme les États du sud, ce que démontre le confortable vote Mc Cain 57/43 dans le Mississippi (37,2% de Noirs), 59/40 en Louisiane (34,5% de Noirs) ou 52/ 47 en Georgie (30,3% de Noirs). Si dans le Mississippi, les Noirs ont voté et dans les mêmes proportions qu’à l’échelle nationale (95% pour Obama), cela veut dire que les Blancs ont soutenu Mc Cain dans des proportions semblables pour qu’il obtienne 57% des voix alors que les non-Noirs (Blancs, Hispaniques et autres) constituent 62,8% de la population ! Il en est de même dans les deux autres États où la population non noire ne s’élève qu’à 65,5% en Louisiane et à 69,7% en Georgie. On est très loin ici des États-Unis post raciaux.

Tableau-3- Les gouverneurs en fonction de la proportion de Noirs dans la population.

% Noirs

Gouverneurs noirs démocrates

Gouverneurs blancs démocrates

Gouverneurs démocrates

Gouverneurs républicains

Total

<12,4

1

15

16

17

33

12,4 à<20

1

6

7

1

8

20 à <30

0

3

3

2

5

30 à <40

0

1

1

3

4

Total

2

25

27

23

50

Le racisme n’est pas seul en cause. A cause du découpage des districts, l’appareil électoral noir est de plus en plus « ghettoïsé ». Pour être élu, il n’est pas nécessaire d’avoir un argumentaire propre à séduire les Blancs. Ni les conservateurs, même si l’électorat noir est plus diversifié qu’on ne le pense. Comme ces districts ne sont pas représentatifs de l’État, ils ne peuvent servir de rampe de lancement à la candidature au poste de sénateur ou de gouverneur.
Le même raisonnement peut être fait pour les conservateurs, notamment pour les républicains et c’est peut-être cela qui explique qu’ils ont perdu la moitié du vote noir qu’ils recueillaient aux présidentielles (16-18%) dans les années 70. Quelques nominations récentes chez les républicains semblent montrer qu’ils ont pris conscience de l’importance de la question.

L’ELECTION DE BARACK OBAMA

Ces données montrent que Barack Obama est un élu atypique. Il été élu président des États-Unis par un corps électoral qui ne compte que 12,4% de Noirs. Sénateur à 43 ans, avec 70% des voix contre 27% à son opposant, meilleurs résultats de l’histoire de l’Illinois, État qui, d’après le recensement de 2005, compte 65,6% de Blancs, 15,1% d’Africains Américains, 13,2% Hispaniques ou Latinos, 3,9% d’Asiatiques, 2% « autres ». Il fait partie des 9 plus jeunes membres du Sénat qui ont entre 40 et 49 ans. Il avait auparavant été élu membre du Sénat de l’Illinois de 1997 à 2004 et avait échoué dans la tentative de se faire élire à la Chambre des représentants en 2000.

Seul sénateur noir, il est aussi un Noir atypique. En effet, il n’est pas un descendant d’esclaves des États-Unis mais le fils d’un immigré kenyan noir, mort quand il avait 3 ans, et d’une Étasunienne blanche qui s’est remariée avec un Indonésien. Après un séjour en Indonésie, il a été élevé essentiellement par ses grands parents maternels à Honolulu dont il a dit : « L’occasion offerte par Hawaï – expérimenter une variété de cultures dans un climat de respect mutuel – est devenu une part intégrale de mon monde et une base pour les valeurs qui me sont les plus chères ». Cette origine et cette histoire, particulières, en font un Noir sur lequel ne pèsent pas, de la même façon que sur la majorité des Noirs étasuniens, l’histoire politique et de l’esclavage aux États-Unis… Ceci peut expliquer sa faculté d’assumer, dans ses discours politiques, toutes les souffrances des pauvres qu’ils soient blancs ou noirs. Sans opposer les uns aux autres. Et d’endosser l’idéologie étasunienne : « Tout est possible même pour quelqu’un qui part de rien ». Il peut incarner au moins autant le mythe étasunien de l’immigré que l’image du Noir qui réussit.

Dans cette marche vers la présidence, l’épreuve le plus difficile a probablement été la primaire remportée chez les démocrates contre Hilary Clinton. Tous deux avaient un handicap : Hilary Clinton était femme, Barack Obama était noir. Hilary Clinton avait l’avantage d’un nom, d’une certaine expérience politique et probablement du soutien d’une bonne partie de l’appareil démocrate. Elle a essayé de jouer de la jeunesse, du manque d’expérience de Barak Obama. Mais être un « homme nouveau » donnait aussi à Barack Obama un certain avantage face aux « dynasties », républicaine ou démocrate. Par ses activités passées à Chicago, fortement tenu depuis longtemps par la famille démocrate Daley, il avait aussi derrière lui une partie de l’appareil démocrate. Une fois rallié l’ensemble de cet appareil, le jeune et brillant candidat, le Noir sans ressentiment, l’immigrant porteur du mythe étasunien pouvait espérer réussir dans une société mise en crise morale et économique par les républicains.

Le rejet de Bush après deux mandats, les expéditions militaires en Irak et en Afghanistan de moins en moins bien supportées avec leurs cortèges d’exactions, la crise économique ouvraient à tout candidat démocrate un boulevard. Mais l’épreuve de vérité demeure l’élection : comment allaient réagir les Blancs face à ce premier candidat noir à la présidence ? Les Noirs allaient-ils hésiter à le reconnaître comme l’un des leurs ou le plébisciter ? Allait-il incarner la concurrence entre les minorités ou l’ensemble des minorités ?

 

QUI A VOTE OBAMA

En préalable, il faut rappeler que l’élection présidentielle est une élection à deux degrés. Les lecteurs désignent des délégués qui éliront le président. Il est possible, pour un candidat, d’avoir une majorité de suffrages et une minorité de délégués. Dans le texte qui suit, ne seront pris en compte que les voix, les motivations des électeurs.

Lors de l’élection présidentielle, Barack Obama a obtenu 52,92% des voix contre 45,66% à son adversaire Mc Cain. C’est une majorité confortable. Comme l’a montré un paragraphe précédent sur les plus grandes villes des États-Unis, les démocrates détiennent la majorité des grandes villes. Rien d’étonnant que le vote Obama soit aussi un vote populaire et urbain (71 % dans les grandes villes, 59 % dans les villes moyennes). Par ailleurs, les sondages à la sortie des bureaux de vote permettent de connaître certaines caractéristiques des électeurs. A grands traits, ont voté pour Barack Obama (Tableau 3) :

- Les jeunes. La seule tranche d’âge favorable à Mc Cain est celle des 65 ans et plus.

- Les personnes ayant un revenu inférieur à 50 000 dollars, les votes étant plus équilibrés au dessus de ce revenu.

- Les personnes sans diplômes ou ayant le niveau de diplômes le plus élevé.

- Les minorités

Ces différents critères peuvent être considérés comme les critères du vote démocrate. Ils se retrouvent, moins accentués cependant, dans le vote Kerry de 2004.

Cette élection a, souvent, été interprétée comme un changement profond dans la situation des Noirs aux États-Unis. Mais, récemment, le Monde* signalait : « le patrimoine médian d’un foyer blanc se monte à 170 400 dollars alors que celui d’un foyer noir  à 17 100 seulement ! Dix fois moins. Les Latinos s’en sortent à peine mieux : 21 000 dollars. » Et dans son supplément en anglais, John R.Mac Arthur (NYT-Le Monde 07/03/09) après avoir dénoncé le clivage des classes de plus en plus renforcé par une aristocratie éducative précise quelques facteurs de l’exceptionnelle réussite de Barack Obama. Et d’affirmer : « Yes, he can but most cannot » (Oui, il peut mais la plupart ne peuvent pas). La promotion de Barack Obama ne supprime pas les questions.

Mais, l’élection du Noir, Barack Obama, a orienté les commentaires et les réflexions plus sur la composante ethnique que sur la composante sociale de cette élection bien que, l’élection acquise, les questions économiques soient rapidement revenues au premier plan. C’est cette composante ethnique qui va être discutée.
Tout au long de la campagne, le doute a subsisté. Le facteur racial allait-il empêcher une victoire qui ne pouvait échapper aux démocrates. Les sondages n’étaient pas suffisamment en faveur d’Obama pour le mettre à l’abri de “l’effet Bradley”, du nom de ce maire de Los Angeles auquel les sondés se disaient favorables et que les électeurs avaient rejeté comme gouverneur probablement parce qu’il était noir et que l’isoloir permettait plus de sincérité que le sondage : « Selon cette étude, la couleur de sa peau peut représenter un handicap de 6 % pour le candidat démocrate, alors que la marge qui avait assuré la victoire de Bush sur Kerry en 2004 n'était que de 2,5 %. Si le résultat du scrutin est serré, Obama peut donc voir la victoire lui échapper en raison de réflexes racistes d'une partie de l'électorat » (22/09/2008 Le Point http://www.lepoint.fr).

 

Les sondages, sortie des bureaux de vote, permettent de se faire une idée du vote Obama en fonction d’un certain nombre de critères : sexe, race, âge, revenu, niveau d’étude, préférence partidaire, pratique sexuelle, religion, possession d’arme à feu… De plus, il est possible de comparer les votes en fonction des mêmes facteurs lors des élections antérieures notamment l’élection Bush-Kerry de 2004 (Tableau 3).

Si le vote n’avait concerné que les Blancs, c’est Mc Cain qui serait président des Etats-Unis. Il a obtenu chez eux 55% de voix contre 43% pour Obama. Les femmes blanches (53/46) se sont prononcées dans le même sens que les hommes blancs mais de façon moins nette qu’eux (57/41). Cette suprématie républicaine chez les Blancs se retrouve lors des élections précédentes où Kerry n’obtenait que 41% des voix blanches face à Bush 58% et Clinton 43% contre 46% pour Dole.

Il a été dit plus haut que seule la tranche d’âge des 65 ans et plus a voté majoritairement pour Mc Cain. Mais, en ne considérant que les Blancs, il apparaît que seuls les Blancs de 18-29 ans ont voté majoritairement pour Obama (54%). Si 60% des personnes qui ont un revenu inférieur à 50 000 dollars ont voté pour Obama, les Blancs qui ont ces revenus ne sont que 47% à l’avoir fait. Si 89% de démocrates ont voté Obama, ce sont seulement 85% des démocrates blancs qui l’ont fait. Si 52% des indépendants ont voté démocrate, ils ne sont que 47% parmi les Blancs indépendants (http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/polls/#USP00p1).

 

Ce sont donc les voix des « minorités » qui ont inversé les résultats et permis à Barak Obama de devenir le premier président noir des États-Unis.

La minorité noire s’est prononcée, « évidemment » de façon massive en faveur de Barak Obama mais les autres minorités ont aussi participé à cette victoire. En effet, toutes se sont prononcées de façon majoritaire pour Obama, avec un score plébiscitaire de la part des Noirs, 95%, moindre mais indiscutable dans les autres minorités : 67% pour les Hispaniques, 62% pour les Asiatiques et 66% pour la catégorie « autres ». Encore faut-il voir dans quelle mesure, ce vote, notamment le « vote noir », est un vote des Noirs pour un Noir.

Tous les représentants et tous les maires noirs sont démocrates. Cela fait penser que le vote Obama ne peut se résumer à un vote ethnique des Noirs pour un Noir. Ceci est confirmé par les élections présidentielles antérieures où John Kerry en 2004 a bénéficié de 88% des votes noirs, en 2000, 90% avaient voté pour Al Gore, en 1996, 84% pour Clinton (12% pour Dole et 4% pour Perot)… Le même phénomène se retrouve, de façon moindre, avec les autre minorités. Les Hispaniques ont voté majoritairement démocrate en 2004 et en 2008 mais plus pour Obama (67%) que pour Kerry (53%), de même les Asiatiques (62 contre 56) ou les « autres » (66 contre 54%). Il en était déjà ainsi en 2000 lors de l’affrontement Bush-Al Gore.

 

Comparant les deux dernières élections (Kerry/Bush, Obama/McCain), Obama progresse de 4,6 points dans le résultat global, de 2 points seulement chez les Blancs, de 7 points chez les Noirs, mais de 6 points chez les Asiatiques, 12 points chez les « autres » et de 14 points chez les Hispaniques. Faut-il voir dans cette différence, la plus importante, chez les Hispaniques, un reflux du facteur personnel de Bush qui avait des relations particulières avec une partie de la communauté hispanique ? Cette percée chez les Latinos ne peut s’expliquer par la solidarité religieuse car si Biden, le candidat démocrate à la vice-présidence, était catholique, c’était aussi le cas en 2004 de Kerry, candidat démocrate à la présidence.

La progression du vote démocrate est nette dans toutes les « religions » : 4 points chez les « juifs » (78 contre 74%) alors que certains craignaient une fuite du « vote juif » à cause de positions de Barack Hussein Obama supposées moins favorables à Israël, 7 points chez les catholiques qui votent ainsi majoritairement démocrate en 2008 contrairement à 2004, 8 points chez les personnes sans religion, 5 points chez les protestants , religion majoritaire aux États-Unis mais où les démocrates restent toujours minoritaires. Obama a même séduit les Mormons de l’Utah dont la population est constituée de Blancs 95.01% (62% de mormons), Noirs 1.32%, Hispaniques 11,03 Autres 4,14% (2005). Il n’y a recueilli que 35% des suffrages, nettement plus cependant que John Kerry et Al Gore qui n’en avaient obtenu que 26% en 2004 et 2000 (Le Monde 25/04/09).

Au total, sur les 7 points de progression de Obama par rapport à Kerry au moins la moitié peut être attribuée au rejet des Républicains par tout l’électorat.

 

Inversement, si Mc Cain a perdu 5 points par rapport à Bush sur l’ensemble du corps électoral, il n’a perdu que 3 points chez les Blancs plus d’ailleurs chez les hommes blancs (5) que chez les femmes blanches (2), beaucoup moins en tout cas que chez les minoritaires non noirs : 13 points chez les Hispaniques, 9 chez les Asiatiques et les « autres ». Cette plus grande résistance de Mc Cain chez les Blancs, traduit-elle leur réticence à voter pour un Noir ?

Les personnes qui se disent démocrates ont voté dans les mêmes proportions (89%) pour Kerry et pour Obama. Alors que le vote Obama est en progression dans pratiquement toutes les catégories de population, y compris chez les républicains (6% pour Kerry, 10% pour Obama), il ne progresse pas chez les démocrates. Faut-il y voir là le reliquat de la primaire et des déçus de la candidature Hilary Clinton ou un refus pour une partie des démocrates de voter pour un Noir ? Quant au vote des indépendant il ne progresse que de 3 points par rapport à Kerry.

Au-delà des facteurs raciaux qui viennent d’être mentionnés, d’autres facteurs devraient être pris en compte qui interfèrent avec eux et qui tiennent à l’image personnelle des candidats et à travers les prises de position qu’ils ont pu prendre sur différentes question, notamment pour  Barak Obama, sa condamnation de l’intervention en Irak ou ses prises de position libérales (voir dans le tableau le glissement en faveur de Obama d’une partie des électeurs qui possèdent une arme.

 

Tableau 3 – Sondage à la sortie des bureaux de vote lors des élections présidentielles en 2004 et 2008

ANNEE DE L’ELECTION

2004

2008

 

BUSH

KERRY

OBAMA

Mc CAIN

Résultat

50,7

48,3

52,9

45,7

SEXE

Hommes

55

44%

49%

48%

Femmes

48

51%

56%

43%

SEXE ET RACE

Hommes blancs

62%

37%

41%

57%

Femmes blanches

55%

44%

46%

53%

RACE

 

 

 

 

Blancs

58%

41%

43%

55%

Africains-Americains

11%

88%

95%

4%

Hispaniques

44%

53%

67%

31%

Asiatiques

44%

56%

62%

35%

Autres

40%

54%

66%

31%

AGE

18-29 (17%)

45%

54%

66%

32%

30-44 (29%)

53%

46%

52%

46%

45-59 (30%)

51%

48%

50%

49%

60 and Older (24%)

54%

46%

45%

53%

REVENU

< $15,000

36%

63%

73%

25%

$15-30,000

42%

57%

60%

37%

$30-50,000

49%

50%

55%

43%

$50-75,000

56%

43%

48%

49%

$75-100,000

55%

45%

51%

48%

$100-150,000

57%

42%

48%

51%

$150-200,000

58%

42%

48%

50%

$200,000 ET +

63%

35%

52%

46%

NIVEAU D’ETUDES

Pas de High School

49%

50%

63%

35%

Diplomé H.S.

52%

47%

52%

46%

College

54%

46%

51%

47%

Diplomé College

52%

46%

50%

48%

Postgrad Study (16%)

44%

55%

58%

40%

PARTI

Démocrate (37%)

11%

89%

89%

10%

Républicain (37%)

93%

6%

10%

89%

Indépendant (26%)

48%

49%

52%

44%

RELIGION

Protestant

59%

40%

45%

54%

Catholique

52%

47%

54%

45%

Juif

25%

74%

78%

21%

Autre

23%

74%

73%

22%

Aucune

31%

67%

75%

23%

 

Les orientations catastrophiques de Bush, aussi bien en politique étrangère qu’en politique intérieure, et les qualités personnelles de Barack Obama sont à la base de la victoire du démocrate. La participation des minorités et notamment de la minorité noire a été décisive. Ce n’est pas la victoire du mouvement noir même si c’est la réalisation d’un rêve improbable des Noirs étasuniens. A laquelle, bien sûr, les électeurs noirs ont largement participé, à laquelle une partie des blancs s’est opposée ouvertement ou par des insinuations ou dans le silence de l’isoloir. Cela témoigne d’une évolution très importante de l’opinion publique aux États-Unis. Cela ne veut pas dire que la question noire est réglée. Et « les problèmes raciaux ne seront pas résolus par le seul fait d’élire un président noir » (Le Monde 29/04/09).

Il n’empêche. C’est la victoire d’un Noir qui a su incarner le rêve américain et qui a été suivi par la majorité des électeurs.

 

11/06/09

 

Voir en complément :

-          Les élus au Royaume-Uni

-          Note sur la France