QUI A VOTE POUR
BARACK OBAMA
L’élection de Barack Hussein OBAMA à la présidence des États-Unis est un événement politique considérable dont il est impossible de prévoir le retentissement. Pour les États-Unis et leur image extérieure mais aussi pour les Noirs des États-Unis, pour les Noirs du monde entier et, finalement, pour tous les démocrates. Il n’est pas question d’envisager toutes les significations, toutes les conséquences, ni toutes les espérances ou les illusions qui accompagnent cette élection. Mais, simplement, de jeter un œil à cette occasion sur la place des Noirs lors des grandes élections aux États-Unis.
Avertissement
Cette note a été rédigée, sans
aucune compétence particulière, à partir de données qui peuvent être trouvées plus
ou moins aisément sur la toile. Elle a donc au moins deux défauts
principaux : l’ignorance de l’auteur et les erreurs, données peut-être
inexactes, recueillies sur la toile, le plus souvent sur le site wikipedia.
D’après le recensement étasunien de 2000, 75,1% des recensés se disent Blancs
ou Caucasiens sans autre appartenance raciale (21,4% soit 60 millions d’origine
germanique), 12,3% Noirs ou Africains Américains, 12,5% Hispaniques de toutes
races, 3,6% Asiatiques, 2,4% de deux ou plusieurs races. Les Hispaniques
peuvent être comptabilisés à la fois comme Hispaniques et comme Noirs ou
Hispaniques et Blancs ou…, le total dépasse les 100%. Les termes utilisés sont
la traduction des termes anglais.
Dans ces décomptes ethniques, il n’est jamais question de nationalité. Il n’est
donc pas certain que les pourcentages donnés tout au long de cet article
correspondent au pourcentage d’électeurs. Notamment pour les Hispaniques. La
différence doit être moins grande s’agissant des Noirs bien que le nombre d’immigrants
noirs soit croissant.
Seul sont concernés ici les élus Noirs ou Africains américains, les autres
ethnies ne sont pas étudiées. D’après le site officiel, le Congrès, sénateurs
et représentants confondus, comprenait aussi 1 Vietnamien,
Les sénateurs
Chaque État, quelle que soit
l’importance de sa population, élit 2 sénateurs pour 6 ans. Il y a donc 100
sénateurs. Le sénateur Obama était le seul sénateur noir. Élu de l’État de
l’Illinois, il a siégé de 2005 à 2008. Il était le cinquième sénateur africain
américain de l’histoire des États-Unis, le troisième à être élu depuis le 17ème
Amendement de
Auparavant le Mississippi a eu un sénateur noir, non élu, républicain, à deux
reprises, en
Les
représentants.
Les 435 représentants, élus pour
deux ans au scrutin uninominal à un tour, à deux tours pour
Pour comparer les élus noirs aux autres représentants, un groupe témoin a été
constitué de l’élu blanc qui précède et de l’élu blanc qui suit chaque élu noir
sur la liste par Etat et par ordre alphabétique de
Le premier représentant noir, républicain, a été élu en 1870. Il y a eu aussi
des élus noirs en Alabama, Floride, Georgie, Louisiane, Mississippi, Caroline
du Nord et Virginie. Jusqu’en 1897, tous du parti républicain, parti d’Abraham
Lincoln. Il n’y a plus eu de Noirs au Congrès jusqu’en 1928 où un Noir,
républicain, le dernier républicain noir, a été élu et en 1935, le premier
représentant noir démocrate.
Le président Bush, républicain, a nommé des personnalités noires dans de très
hautes fonctions de son administration mais il n’y a aucun élu républicain
noir, ni au sénat, ni à la chambre des représentants. Il ne faut pas,
cependant, oublier qu’en son temps Bill Clinton avait tenu sa promesse d’un
gouvernement qui "ressemblerait à l'Amérique". On y trouvait
76% de blancs non hispaniques (75% dans la population totale), 14% de Noirs
(contre 12%), 6% d'Hispaniques (9%), 5% d'Asiatiques (6%) et 0,6% d'Amérindiens
(0,6%), 46% de femmes (50%)... (Courier international 10-16/03/1994). Cela
avait d’ailleurs valu à Bill Clinton le titre, un peu abusif mais significatif,
de premier président noir des États-Unis : titre attribué par Toni
Morrisson, écrivaine noire, prix Nobel de littérature, 1993.
Age
L’âge moyen des représentants est de 58,7 ans, les blancs (58,3) sont plus
jeunes que les noirs (59,5) et les républicains plus jeunes que les démocrates
(57,6 contre 59,1). Les noirs sont tous démocrates. Si on compare l’âge des
seuls démocrates, ici encore les blancs sont plus jeunes que les noirs : 58,9
ans et 59,6. Cette différence est encore plus nette chez les femmes : 57
contre 60,3 ans.
Ancienneté du mandat
Les représentants sont, en moyenne, élus depuis 11,7 années : 9,9
années pour les républicains (8,0 pour les 4 femmes, 10,2 pour les 28 hommes),
12,4 années pour les démocrates (8,9 pour les 15 femmes, 13,4 pour les 57
hommes). En ne considérant que les démocrates, les démocrates noirs ont été
élus plus récemment que les blancs : depuis 8,4 ans pour les 11 femmes
noires contre 10,4 pour les 4 blanches et 12,9 ans pour les 26 hommes noirs
contre 13,7 pour les 57 hommes blancs.
Au total, les représentants noirs sont plus âgés que les blancs et leur élection est plus récente (ancienneté du mandat).
Circonscription
Sur 37 élus noirs, 22 sont élus dans des circonscriptions
dont la population est noire à plus de 50%, 6 entre 40 et 49%, 4 entre 30 et
39%, 4 entre 20 et 29% (Californie, districts 33 et 35, avec une forte minorité
hispanique, 34,6 et 43,2%, Indiana district 7, Missouri district 5), 1 à 12,9%
(Minnesota 5). La proportion d’élus noirs augmente avec la proportion de Noirs
dans la population. Les représentants noirs sont élus, essentiellement, dans
des districts où la minorité noire est importante et toujours supérieure à la
moyenne nationale (12,4%). Le premier est élu dans une circonscription avec
12,9% de Noirs (Tableau 1)
Inversement, sur les 63 élus blancs, 43 l’ont été dans une circonscription
comptant moins de 12,4% de Noirs, 7, une proportion de Noirs entre 12,4 et 20%,
10 entre 20 et 29%, 3 supérieure à 30% (30,3%, 36% et 40%).
Les républicains font jeu égal avec les démocrates quand les circonscriptions
comptent moins de 12,4% de Noirs. Quand la proportion de Noirs est supérieure,
les démocrates sont plus souvent élus que les républicains et la proportion de
Noirs parmi les élus démocrates augmente parallèlement à celle des Noirs dans
la population. Au dessus de 40% tous les élus sont noirs et démocrates.
Tableau 1 - Répartition des représentants suivant le parti et la couleur de l’élu en fonction de l’importance de la population noire de sa circonscription
|
% de Noirs |
Élus noirs démocrates |
Élus blancs démocrates |
Élus blancs républicains |
Total |
|
0 à <12,4 |
0 |
22 |
21 |
43 |
|
12,4 à <20 |
1 |
5 |
2 |
8 |
|
20 à <30 |
4 |
6 |
4 |
14 |
|
30 <40 |
4 |
2 |
1 |
7 |
|
40 à <50 |
6 |
0 |
0 |
6 |
|
50 et plus |
22 |
0 |
0 |
22 |
|
Total |
37 |
35 |
28 |
100 |
LES MAIRES
Parmi les 75 villes les plus peuplées (population supérieure
à
Les maires des 73 autres communes (Tableau 2) sont très majoritairement démocrates, 53 contre 14 républicains et 6 n’appartiennent à aucun des deux grands partis et sont blancs dont 2 hispaniques
Comme pour les sénateurs, comme pour les représentants, tous les maires noirs (15), sont démocrates. Parmi les maires « blancs », 4 sont hispaniques et démocrates. Quand la proportion de Noirs est inférieure ou égale à la proportion nationale, les démocrates ont deux fois plus de maires que les républicains (19 contre 7). Quand cette proportion est supérieure à la moyenne nationale, le nombre de maires démocrates est 5 fois plus important (34 contre 7). A partir d’une proportion de 40% de population noire, il n’y a pas de maire républicain.
La proportion de maires noirs augmente avec l’importance de la population noire dans la cité. Aucun n’est maire d’une commune où la proportion de Noirs est inférieure à la moyenne nationale. Sur les 7 villes qui ont une proportion de Noirs supérieure à 50%, 6 ont un maire noir.
La « promotion » des Noirs comme maire semble plus difficile que comme représentant : sur les 15 maires noirs, 4 hommes sont les premiers maires noirs de leur commune et une femme est la première femme noire maire de sa commune.
Tableau 2 – Répartition des maires des 73 plus grandes villes des États-Unis suivant le parti et la couleur de l’élu en fonction de l’importance de la population noire de sa commune
|
% de Noirs dans la commune |
Maires noirs démocrates |
Maires blancs démocrates |
Maires blancs républicains |
Maires blancs indépendants |
Total |
|
0 à <12,4 |
0 |
19 |
7 |
3 |
29 |
|
12,4 à <20 |
2 |
7 |
2 |
0 |
11 |
|
20 à <30 |
1 |
8 |
3 |
3 |
15 |
|
30 <40 |
4 |
2 |
2 |
0 |
8 |
|
40 à <50 |
2 |
1 |
0 |
0 |
3 |
|
50 et plus |
6 |
1 |
0 |
0 |
7 |
|
Total |
15 |
38 |
14 |
6 |
73 |
Un article intéressant (http://www.fivethirtyeight.com/2009/01/why-are-there-no-black-senators.html)
pose la question ; “Pourquoi n’y a-t-il pas de sénateurs noirs ? ».
De façon plus complète, il pourrait être intitulé : « Pourquoi n’y
a-t-il pas de sénateurs noirs alors qu’il y a des représentants et des maires
noirs ? ». L’article montre que les chances d’avoir un
représentant noir sont pratiquement nulles tant que la proportion des Noirs
dans la population est inférieure à 25%, seuil à partir duquel les chances
augmentent rapidement pour aboutir à l’élection pratiquement certaine d’un Noir
quand cette proportion atteint 60% ? Cette probabilité dépend d’un autre
facteur, la tendance « libérale » ou conservatrice de la
circonscription.
Ceci peut être mis en évidence à propos de l’élection des gouverneurs. Ils sont
élus pour 4 ans dans 47 États et de 3 ans dans les États de New Hampshire, de
Rhodes Island et du Vermont, au scrutin uninominal à un tour et ne peuvent
faire que deux mandats. Sur 50, deux (4%) sont noirs. Ils ont été élus dans des
États où la proportion de la population noire est relativement faible (7,58%
dans le Massachusetts et 18,3% à New York), cela tient au fait que la population
de ces États est particulièrement « libérale » : ce qui
est confirmé par le vote Obama (62% dans le Massachusetts contre 36% à Mc Cain
et 62 contre 37 à New York).
Inversement, il est difficile d’avoir des élus noirs même avec une forte
proportion de Noirs dans la populations quand les Etats sont particulièrement
conservateurs comme les États du sud, ce que démontre le confortable vote Mc
Cain 57/43 dans le Mississippi (37,2% de Noirs), 59/40 en Louisiane (34,5% de
Noirs) ou 52/ 47 en Georgie (30,3% de Noirs). Si dans le Mississippi, les Noirs
ont voté et dans les mêmes proportions qu’à l’échelle nationale (95% pour
Obama), cela veut dire que les Blancs ont soutenu Mc Cain dans des proportions
semblables pour qu’il obtienne 57% des voix alors que les non-Noirs (Blancs,
Hispaniques et autres) constituent 62,8% de la population ! Il en est de
même dans les deux autres États où la population non noire ne s’élève qu’à
65,5% en Louisiane et à 69,7% en Georgie. On est très loin ici des États-Unis
post raciaux.
Tableau-3- Les gouverneurs en fonction de la proportion de Noirs dans la population.
|
% Noirs |
Gouverneurs noirs démocrates |
Gouverneurs blancs démocrates |
Gouverneurs démocrates |
Gouverneurs républicains |
Total |
|
<12,4 |
1 |
15 |
16 |
17 |
33 |
|
12,4 à<20 |
1 |
6 |
7 |
1 |
8 |
|
20 à <30 |
0 |
3 |
3 |
2 |
5 |
|
30 à <40 |
0 |
1 |
1 |
3 |
4 |
|
Total |
2 |
25 |
27 |
23 |
50 |
Le racisme n’est pas seul en cause. A cause du découpage des
districts, l’appareil électoral noir est de plus en plus « ghettoïsé ».
Pour être élu, il n’est pas nécessaire d’avoir un argumentaire propre à séduire
les Blancs. Ni les conservateurs, même si l’électorat noir est plus diversifié
qu’on ne le pense. Comme ces districts ne sont pas représentatifs de l’État, ils
ne peuvent servir de rampe de lancement à la candidature au poste de sénateur
ou de gouverneur.
Le même raisonnement peut être fait pour les conservateurs, notamment pour les
républicains et c’est peut-être cela qui explique qu’ils ont perdu la moitié du
vote noir qu’ils recueillaient aux présidentielles (16-18%) dans les années 70.
Quelques nominations récentes chez les républicains semblent montrer qu’ils ont
pris conscience de l’importance de la question.
L’ELECTION DE BARACK OBAMA
Ces données montrent que Barack Obama est un élu atypique.
Il été élu président des États-Unis par un corps électoral qui ne compte que
12,4% de Noirs. Sénateur à 43 ans, avec 70% des voix contre 27% à son opposant,
meilleurs résultats de l’histoire de l’Illinois, État qui, d’après le
recensement de 2005, compte 65,6% de Blancs, 15,1% d’Africains Américains,
13,2% Hispaniques ou Latinos, 3,9% d’Asiatiques, 2% « autres ». Il
fait partie des 9 plus jeunes membres du Sénat qui ont entre 40 et 49 ans. Il
avait auparavant été élu membre du Sénat de l’Illinois de 1997 à 2004 et avait
échoué dans la tentative de se faire élire à
Seul sénateur noir, il est aussi un Noir atypique. En effet, il n’est pas un descendant d’esclaves des États-Unis mais le fils d’un immigré kenyan noir, mort quand il avait 3 ans, et d’une Étasunienne blanche qui s’est remariée avec un Indonésien. Après un séjour en Indonésie, il a été élevé essentiellement par ses grands parents maternels à Honolulu dont il a dit : « L’occasion offerte par Hawaï – expérimenter une variété de cultures dans un climat de respect mutuel – est devenu une part intégrale de mon monde et une base pour les valeurs qui me sont les plus chères ». Cette origine et cette histoire, particulières, en font un Noir sur lequel ne pèsent pas, de la même façon que sur la majorité des Noirs étasuniens, l’histoire politique et de l’esclavage aux États-Unis… Ceci peut expliquer sa faculté d’assumer, dans ses discours politiques, toutes les souffrances des pauvres qu’ils soient blancs ou noirs. Sans opposer les uns aux autres. Et d’endosser l’idéologie étasunienne : « Tout est possible même pour quelqu’un qui part de rien ». Il peut incarner au moins autant le mythe étasunien de l’immigré que l’image du Noir qui réussit.
Dans cette marche vers la présidence, l’épreuve le plus difficile a probablement été la primaire remportée chez les démocrates contre Hilary Clinton. Tous deux avaient un handicap : Hilary Clinton était femme, Barack Obama était noir. Hilary Clinton avait l’avantage d’un nom, d’une certaine expérience politique et probablement du soutien d’une bonne partie de l’appareil démocrate. Elle a essayé de jouer de la jeunesse, du manque d’expérience de Barak Obama. Mais être un « homme nouveau » donnait aussi à Barack Obama un certain avantage face aux « dynasties », républicaine ou démocrate. Par ses activités passées à Chicago, fortement tenu depuis longtemps par la famille démocrate Daley, il avait aussi derrière lui une partie de l’appareil démocrate. Une fois rallié l’ensemble de cet appareil, le jeune et brillant candidat, le Noir sans ressentiment, l’immigrant porteur du mythe étasunien pouvait espérer réussir dans une société mise en crise morale et économique par les républicains.
Le rejet de Bush après deux mandats, les expéditions militaires en Irak et en Afghanistan de moins en moins bien supportées avec leurs cortèges d’exactions, la crise économique ouvraient à tout candidat démocrate un boulevard. Mais l’épreuve de vérité demeure l’élection : comment allaient réagir les Blancs face à ce premier candidat noir à la présidence ? Les Noirs allaient-ils hésiter à le reconnaître comme l’un des leurs ou le plébisciter ? Allait-il incarner la concurrence entre les minorités ou l’ensemble des minorités ?
QUI A VOTE OBAMA
En préalable, il faut rappeler que l’élection présidentielle est une élection à deux degrés. Les lecteurs désignent des délégués qui éliront le président. Il est possible, pour un candidat, d’avoir une majorité de suffrages et une minorité de délégués. Dans le texte qui suit, ne seront pris en compte que les voix, les motivations des électeurs.
Lors de l’élection présidentielle, Barack Obama a obtenu 52,92% des voix contre 45,66% à son adversaire Mc Cain. C’est une majorité confortable. Comme l’a montré un paragraphe précédent sur les plus grandes villes des États-Unis, les démocrates détiennent la majorité des grandes villes. Rien d’étonnant que le vote Obama soit aussi un vote populaire et urbain (71 % dans les grandes villes, 59 % dans les villes moyennes). Par ailleurs, les sondages à la sortie des bureaux de vote permettent de connaître certaines caractéristiques des électeurs. A grands traits, ont voté pour Barack Obama (Tableau 3) :
- Les jeunes. La seule tranche d’âge favorable à Mc Cain est celle des 65 ans et plus.
- Les personnes ayant un revenu inférieur à 50 000 dollars, les votes étant plus équilibrés au dessus de ce revenu.
- Les personnes sans diplômes ou ayant le niveau de diplômes le plus élevé.
- Les
minorités
Ces différents critères peuvent être considérés comme les critères du vote démocrate. Ils se retrouvent, moins accentués cependant, dans le vote Kerry de 2004.
Cette élection a, souvent, été interprétée comme un
changement profond dans la situation des Noirs aux États-Unis. Mais, récemment,
le Monde* signalait : « le patrimoine médian d’un foyer blanc se
monte à
Mais, l’élection du Noir, Barack Obama, a orienté les
commentaires et les réflexions plus sur la composante ethnique que sur la
composante sociale de cette élection bien que, l’élection acquise, les
questions économiques soient rapidement revenues au premier plan. C’est cette
composante ethnique qui va être discutée.
Tout au long de la campagne, le doute a subsisté. Le facteur racial allait-il
empêcher une victoire qui ne pouvait échapper aux démocrates. Les sondages
n’étaient pas suffisamment en faveur d’Obama pour le mettre à l’abri de “l’effet
Bradley”, du nom de ce maire de Los Angeles auquel les sondés se disaient
favorables et que les électeurs avaient rejeté comme gouverneur probablement
parce qu’il était noir et que l’isoloir permettait plus de sincérité que le
sondage : « Selon cette étude, la couleur de sa peau peut représenter
un handicap de 6 % pour le candidat démocrate, alors que la marge qui avait
assuré la victoire de Bush sur Kerry en 2004 n'était que de 2,5 %. Si le
résultat du scrutin est serré, Obama peut donc voir la victoire lui échapper en
raison de réflexes racistes d'une partie de l'électorat » (
Les sondages, sortie des bureaux de vote, permettent de se faire une idée du vote Obama en fonction d’un certain nombre de critères : sexe, race, âge, revenu, niveau d’étude, préférence partidaire, pratique sexuelle, religion, possession d’arme à feu… De plus, il est possible de comparer les votes en fonction des mêmes facteurs lors des élections antérieures notamment l’élection Bush-Kerry de 2004 (Tableau 3).
Si le vote n’avait concerné que les Blancs, c’est Mc Cain qui serait président des Etats-Unis. Il a obtenu chez eux 55% de voix contre 43% pour Obama. Les femmes blanches (53/46) se sont prononcées dans le même sens que les hommes blancs mais de façon moins nette qu’eux (57/41). Cette suprématie républicaine chez les Blancs se retrouve lors des élections précédentes où Kerry n’obtenait que 41% des voix blanches face à Bush 58% et Clinton 43% contre 46% pour Dole.
Il a été dit plus haut que seule la tranche d’âge des 65 ans et plus a voté majoritairement pour Mc Cain. Mais, en ne considérant que les Blancs, il apparaît que seuls les Blancs de 18-29 ans ont voté majoritairement pour Obama (54%). Si 60% des personnes qui ont un revenu inférieur à 50 000 dollars ont voté pour Obama, les Blancs qui ont ces revenus ne sont que 47% à l’avoir fait. Si 89% de démocrates ont voté Obama, ce sont seulement 85% des démocrates blancs qui l’ont fait. Si 52% des indépendants ont voté démocrate, ils ne sont que 47% parmi les Blancs indépendants (http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/polls/#USP00p1).
Ce sont donc les voix des « minorités » qui ont inversé les
résultats et permis à Barak Obama de devenir le premier président noir des
États-Unis.
La minorité noire s’est prononcée, « évidemment » de façon massive en faveur de Barak Obama mais les autres minorités ont aussi participé à cette victoire. En effet, toutes se sont prononcées de façon majoritaire pour Obama, avec un score plébiscitaire de la part des Noirs, 95%, moindre mais indiscutable dans les autres minorités : 67% pour les Hispaniques, 62% pour les Asiatiques et 66% pour la catégorie « autres ». Encore faut-il voir dans quelle mesure, ce vote, notamment le « vote noir », est un vote des Noirs pour un Noir.
Tous les représentants et tous les maires noirs sont démocrates.
Cela fait penser que le vote Obama ne peut se résumer à un vote ethnique des
Noirs pour un Noir. Ceci est confirmé par les élections présidentielles
antérieures où John Kerry en
Comparant les deux dernières élections (Kerry/Bush, Obama/McCain), Obama progresse de 4,6 points dans le résultat global, de 2 points seulement chez les Blancs, de 7 points chez les Noirs, mais de 6 points chez les Asiatiques, 12 points chez les « autres » et de 14 points chez les Hispaniques. Faut-il voir dans cette différence, la plus importante, chez les Hispaniques, un reflux du facteur personnel de Bush qui avait des relations particulières avec une partie de la communauté hispanique ? Cette percée chez les Latinos ne peut s’expliquer par la solidarité religieuse car si Biden, le candidat démocrate à la vice-présidence, était catholique, c’était aussi le cas en 2004 de Kerry, candidat démocrate à la présidence.
La progression du vote démocrate est nette dans toutes les
« religions » : 4 points chez les « juifs » (78 contre
74%) alors que certains craignaient une fuite du « vote juif » à
cause de positions de Barack Hussein Obama supposées moins favorables à Israël,
7 points chez les catholiques qui votent ainsi majoritairement démocrate en
2008 contrairement à 2004, 8 points chez les personnes sans religion, 5 points
chez les protestants , religion majoritaire aux États-Unis mais où les
démocrates restent toujours minoritaires. Obama a même séduit les Mormons de
l’Utah dont la population est constituée de Blancs 95.01% (62% de mormons),
Noirs 1.32%, Hispaniques 11,03 Autres 4,14% (2005). Il n’y a recueilli que 35%
des suffrages, nettement plus cependant que John Kerry et Al Gore qui n’en
avaient obtenu que 26% en 2004 et 2000 (Le Monde
Au total, sur les 7 points de progression de Obama par rapport à Kerry au moins la moitié peut être attribuée au rejet des Républicains par tout l’électorat.
Inversement, si Mc Cain a perdu 5 points par rapport à Bush sur l’ensemble du corps électoral, il n’a perdu que 3 points chez les Blancs plus d’ailleurs chez les hommes blancs (5) que chez les femmes blanches (2), beaucoup moins en tout cas que chez les minoritaires non noirs : 13 points chez les Hispaniques, 9 chez les Asiatiques et les « autres ». Cette plus grande résistance de Mc Cain chez les Blancs, traduit-elle leur réticence à voter pour un Noir ?
Les personnes qui se disent démocrates ont voté dans les mêmes proportions (89%) pour Kerry et pour Obama. Alors que le vote Obama est en progression dans pratiquement toutes les catégories de population, y compris chez les républicains (6% pour Kerry, 10% pour Obama), il ne progresse pas chez les démocrates. Faut-il y voir là le reliquat de la primaire et des déçus de la candidature Hilary Clinton ou un refus pour une partie des démocrates de voter pour un Noir ? Quant au vote des indépendant il ne progresse que de 3 points par rapport à Kerry.
Au-delà des facteurs raciaux qui viennent d’être mentionnés, d’autres facteurs devraient être pris en compte qui interfèrent avec eux et qui tiennent à l’image personnelle des candidats et à travers les prises de position qu’ils ont pu prendre sur différentes question, notamment pour Barak Obama, sa condamnation de l’intervention en Irak ou ses prises de position libérales (voir dans le tableau le glissement en faveur de Obama d’une partie des électeurs qui possèdent une arme.
Tableau 3 – Sondage à la sortie des bureaux de vote lors des élections présidentielles en 2004 et 2008
|
ANNEE DE L’ELECTION |
2004 |
2008 |
||
|
|
BUSH |
KERRY |
OBAMA |
Mc CAIN |
|
Résultat |
50,7 |
48,3 |
52,9 |
45,7 |
|
SEXE |
||||
|
Hommes |
55 |
44% |
49% |
48% |
|
Femmes |
48 |
51% |
56% |
43% |
|
SEXE ET RACE |
||||
|
Hommes blancs |
62% |
37% |
41% |
57% |
|
Femmes blanches |
55% |
44% |
46% |
53% |
|
RACE |
|
|
|
|
|
Blancs |
58% |
41% |
43% |
55% |
|
Africains-Americains |
11% |
88% |
95% |
4% |
|
Hispaniques |
44% |
53% |
67% |
31% |
|
Asiatiques |
44% |
56% |
62% |
35% |
|
Autres |
40% |
54% |
66% |
31% |
|
AGE |
||||
|
18-29 (17%) |
45% |
54% |
66% |
32% |
|
30-44 (29%) |
53% |
46% |
52% |
46% |
|
45-59 (30%) |
51% |
48% |
50% |
49% |
|
60 and Older (24%) |
54% |
46% |
45% |
53% |
|
REVENU |
||||
|
< $15,000 |
36% |
63% |
73% |
25% |
|
$15-30,000 |
42% |
57% |
60% |
37% |
|
$30-50,000 |
49% |
50% |
55% |
43% |
|
$50-75,000 |
56% |
43% |
48% |
49% |
|
$75-100,000 |
55% |
45% |
51% |
48% |
|
$100-150,000 |
57% |
42% |
48% |
51% |
|
$150-200,000 |
58% |
42% |
48% |
50% |
|
$200,000 ET + |
63% |
35% |
52% |
46% |
|
NIVEAU D’ETUDES |
||||
|
Pas de High School |
49% |
50% |
63% |
35% |
|
Diplomé H.S. |
52% |
47% |
52% |
46% |
|
College |
54% |
46% |
51% |
47% |
|
Diplomé College |
52% |
46% |
50% |
48% |
|
Postgrad Study (16%) |
44% |
55% |
58% |
40% |
|
PARTI |
||||
|
Démocrate (37%) |
11% |
89% |
89% |
10% |
|
Républicain (37%) |
93% |
6% |
10% |
89% |
|
Indépendant (26%) |
48% |
49% |
52% |
44% |
|
RELIGION |
||||
|
Protestant |
59% |
40% |
45% |
54% |
|
Catholique |
52% |
47% |
54% |
45% |
|
Juif |
25% |
74% |
78% |
21% |
|
Autre |
23% |
74% |
73% |
22% |
|
Aucune |
31% |
67% |
75% |
23% |
Les orientations catastrophiques de Bush, aussi bien en politique
étrangère qu’en politique intérieure, et les qualités personnelles de Barack
Obama sont à la base de la victoire du démocrate. La participation des
minorités et notamment de la minorité noire a été décisive. Ce n’est pas la
victoire du mouvement noir même si c’est la réalisation d’un rêve improbable
des Noirs étasuniens. A laquelle, bien sûr, les électeurs noirs ont largement
participé, à laquelle une partie des blancs s’est opposée ouvertement ou par
des insinuations ou dans le silence de l’isoloir. Cela témoigne d’une évolution
très importante de l’opinion publique aux États-Unis. Cela ne veut pas dire que
la question noire est réglée. Et « les problèmes raciaux ne
seront pas résolus par le seul fait d’élire un président noir » (Le
Monde
Il n’empêche. C’est la victoire d’un Noir qui a su incarner le rêve
américain et qui a été suivi par la majorité des électeurs.
Voir en complément :
- Les élus au Royaume-Uni
- Note sur la France